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LIVRE PREMIER - CHAPITRE
IX : JEUNESSE - ETUDES
A THAGASTE
14. O Dieu, mon Dieu,
quelles misères,
quelles déceptions
n'ai-je pas subies,
à cet âge,
où l'on ne
me proposait d'autre
règle de bien
vivre qu'une docile
attention aux conseils
de faire fortune dans
le siècle,
et d'exceller dans
cette science verbeuse,
servile instrument
de l'ambition et de
la cupidité
des hommes. Puis je
fus livré à
l'école pour
apprendre les lettres;
malheureux, je n'en
voyais pas l'utilité,
et pourtant ma paresse
était châtiée.
On le trouvait bon;
nos devanciers dans
la vie nous avaient
préparé
ces sentiers d'angoisses
qu'il fallait traverser;
surcroît de
labeur et de souffrance
pour les enfants d'Adam.
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5. Et, cette même
année, ramené
de Madaure, ville
voisine de notre séjour
et mon premier pèlerinage
littéraire
et oratoire, j'avais
interrompu mes études.
On préparait
la dépense
d'un plus lointain
exil à Carthage,
mon père, humble
citoyen du municipe
de Thagaste, consultant
moins sa fortune que
son ambition. Eh!
pour qui ce récit?
Pas pour vous, mon
Dieu; mais en m'adressant
à vous, je
parle à tous
les hommes mes frères,
si peu qu'ils soient
ceux à qui
ces pages tomberont
entre les mains. Et
pourquoi ? Pour que
tout lecteur considère
avec moi de quel profond
abîme il nous
faut crier vers vous.
Et néanmoins
se confesser de coeur,
vivre de foi, quoi
de plus près
de votre oreille?
Quelles louanges alors
ne prodiguait-on pas
à mon père
pour fournir, au delà
de ses ressources,
au studieux et lointain
voyage de son fils?
Combien de citoyens
beaucoup plus opulents
que lui étaient
loin d'avoir tel souci
de leurs enfants?
Et ce même père
ne s'inquiétait
pas si je croissais
pour vous, si j'étais
chaste, pourvu que
je fusse disert, ou
plutôt désert
sans votre culture,
ô Dieu, bon,
vrai, seul maître
du champ de mon coeur
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3/
CHAPITRE III : ANNEE
D’OISIVETE A THAGASTE.
VOL DE POIRES
8.
Voilà avec
quels compagnons je
courais les places
de Babylone, et me
roulais dans sa fange
(374) comme dans des
eaux de senteur et
de parfums de cinnamome.
Et pour m'attacher
plus victorieusement
au principe du péché,
l'ennemi invisible
me foulait aux pieds,
et me séduisait,
si facile que j'étais
à séduire!
Sortie du coeur de
la cité abominable,
mais culminant, lente
encore, dans les voies
du retour, la mère
de ma chair m'avertit
bien de garder la
pudeur, et pourtant
cette confidence de
son mari n'éveilla
pas en elle la pensée
de resserrer dans
les limites de l'amour
conjugal, sinon de
couper au vif ces
instincts passionnés
dont les germes, déjà
si funestes, offraient
à ses alarmes
le présage
des plus grands dangers.
Elle négligea
le remède,
dans la crainte que
toute mon espérance
ne fût entravée
par la chaîne
du mariage; non pas
cette espérance
de la vie future qu'elle
plaçait en
vous, ma pieuse mère,
mais l'espérance
d'un avenir littéraire
dont ils étaient
l'un et l'autre trop
jaloux pour moi; lui,
parce qu'il ne songeait
guère à
vous, et rêvait
des vanités
pour moi; elle, parce
que loin de croire
que ces études
me fussent nuisibles,
elle les regardait
comme des échelons
qui devaient m'élever
jusqu'à votre
possession. (25) Telles
sont les conjectures
que hasardent mes
souvenirs sur les
dispositions de mes
parents. Et puis au
lieu d'user d'une
sage sévérité,
on lâchait la
bride en mes divertissements
à la multitude
de mes passions déréglées,
et un épais
brouillard interceptait
sans cesse à
ma vue, ô mon
Dieu, la lumière
de votre vérité
! " Et mon iniquité
naissait comme de
mon embonpoint (Ps.
LXXII, 7). "
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4/
LIVRE TROISIÈME - CHAPITRE
PREMIER : ETUDIANT A
CARTHAGE,
1. Je vins à
Carthage, où
bientôt j'entendis
bouillir autour de
moi la chaudière
des sales amours.
Je n'aimais pas encore,
et j'aimais à
aimer; et par une
indigence secrète,
je m'en voulais de
n'être pas encore
assez indigent. Je
cherchais un objet
à mon amour,
aimant à aimer;
et je haïssais
ma sécurité,
ma voie exempte de
piéges. Mon
coeur défaillait,
vide de la nourriture
intérieure,
de vous-même,
mon Dieu; et ce n'était
pas de cette faim-là
que je me sentais
affamé ; je
n'avais pas l'appétit
des aliments incorruptibles:
non que j'en fusse
rassasié; je
n'étais dégoûté
que par inanition.
Et mon âme était
mal portante et couverte
de plaies, et se jetant
misérablement
hors d'elle-même,
elle mendiait ces
vifs attouchements
qui devaient envenimer
son ulcère.
C'est la vie que l'on
aime dans les créatures
aimer, être
aimé m'était
encore plus doux,
quand la personne
aimante se donnait
toute à moi.
(7) Je souillais donc
la source de l'amitié
des ordures de la
concupiscence; je
couvrais sa sérénité
du nuage infernal
de la débauche.
Hideux et infâme,
dans la plénitude
de ma vanité,
je prétendais
encore à l'urbanité
élégante.
Et je tombai dans
l'amour où
je désirais
être pris, O
mon Dieu, ô
ma miséricorde,
de quelle amertume
votre, bonté
a assaisonné
ce miel! Je fus aimé,
j'en vins aux liens
secrets de la jouissance,
et, joyeux, je m'enlaçais
dans un réseau
d'angoisses, pour
être bientôt
livré aux verges
de fer brûlantes
de la jalousie, des
soupçons, des
craintes, des colères
et des querelles.
371 : Mort de Patricius.
Liaison avec celle
qui lui donnera un
fils en 372, Adéodat
mort sans doute en
389.
372 : Adhésion
au manichéisme
(III, 6, 10)
Vie inquiète
du professeur
374 : Professeur à
Thagaste. Perte d’un
ami (IV, 4, 7).
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5/
CHAPITRE VI : ADHESION
AU MANICHEISME
(41) 10. Aussi, je
rencontrai des hommes,
au superbe délire,
charnels et parleurs;
leur bouche recélait
un piége diabolique,
une glu composée
du mélange
des syllabes de votre
nom, et des noms de
Notre-Seigneur Jésus-Christ
et du Paraclet notre
consolateur, l'Esprit-Saint.
Ces noms résidaient
toujours sur leurs
lèvres, mais
ce n'était
qu'un son vainement
articulé; leur
coeur était
vide du vrai. Et ils
disaient: Vérité,
vérité;
ils me la nommaient
sans cesse, et jamais
elle n'était
en eux. Ils débitaient
l'erreur, non-seulement
sur vous, qui êtes
vraiment la vérité,
mais sur ce monde
élémentaire,
votre ouvrage, où,
par delà les
vérités
mêmes connues
des philosophes j'ai
dû m'élancer,
grâce (381)
à votre amour,
ô mon Père,
ô bonté
souveraine, beauté
de toutes les beautés!
(42) Vérité,
vérité,
combien alors même,
et du plus profond
de mon âme,
je soupirais pour
vous, quand, si souvent,
et de mille manières,
et de vive voix, ces
hommes faisaient autour
de moi bruire votre
nom dans leurs nombreux
et longs ouvrages!
Et les mets qu'ils
servaient à
mon appétit
de vérité,
c'étaient,
au lieu de vous, "
la lune, le soleil,"
chefs-d'oeuvre de
vos mains, mais votre
oeuvre, et non pas
vous, ni même
votre oeuvre suprême;
car vos créatures
spirituelles sont
encore plus excellentes
que ces corps éclatants
de lumière
et roulant dans les
cieux.
(43) Et ce n'était
pas de ces créatures
excellentes, c'était
de vous seule, ô
vérité
sans changement et
sans ombre (Jacq.
I,17), que j'avais
faim et soif; et l'on
ne présentait
à ma table
que de splendides
fantômes. Et
mieux eût valu
attacher mon amour
à ce soleil,
vrai du moins pour
les yeux, qu'à
ces mensonges, qui,
par les yeux, trompent
l'esprit. Et toutefois
je les prenais pour
vous, et je m'en nourrissais,
mais sans avidité,
car mon palais ne
me rendait pas la
saveur de votre réalité;
et vous n'étiez
rien de toutes ces
vaines fictions, où
je trouvais moins
aliment qu'épuisement.
La nourriture imaginaire
de nos songes est
semblable à
la nourriture de nos
veilles; et elle laisse
notre sommeil à
jeun. Mais ces vanités
ne vous ressemblaient
en rien, comme depuis
votre parole me l'a
fait connaître;
ce n'étaient
que rêves insensés,
corps fantastiques,
bien éloignés
de la certitude de
ces corps réels,
soit célestes,
soit terrestres, que
nous voyons de l'oeil
charnel, de l'oeil
des brutes et des
oiseaux; corps plus
vrais néanmoins
dans leur réalité
que dans notre imagination;
mais combien notre
imagination est plus
vraie que cette induction
chimérique
qui se plaît
à en soupçonner
d'immenses, d'infinis,
pur néant,
dont alors je me repaissais
à vide!
(44) Mais vous, mon
amour, en qui je me
meurs pour être
fort, vous n'êtes
ni ces corps que nous
voyons dans les cieux,
ni ceux que nous ne
pouvons voir de si
bas; car ils ne sont
que vos créatures,
et même ne résident
pas au faîte
de votre création.
Combien donc êtes-vous
loin de ces folles
conceptions, de ces
chimères de
corps qui n'ont aucun
être, qui ont
moins de certitude
que les images mêmes
des corps réels,
entités plus
certaines que ces
images, et qui ne
sont pas vous: vous
n'êtes pas même
l'âme qui est
leur vie, cette vie
des corps meilleure
et plus certaine que
les corps; mais vous
êtes la vie
des âmes, la
vie des vies, indépendante
et immuable vie, ô
vie de mon âme!
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6/
LIVRE QUATRIEME - CHAPITRE
IV : PROFESSEUR A THAGASTE.
PERTE D’UN AMI
(27) 7. En ces premières
années de mon
enseignement dans
ma ville natale, je
m'étais fait
un ami, que la parité
d'études et
d'âge m'avait
rendu bien cher; il
fleurissait comme
moi sa fleur d'adolescence.
Enfants, nous avions
grandi ensemble; nous
avions été
à l'école,
nous avions joué
ensemble. Mais il
ne m'était
pas alors aussi cher
que depuis, quoique
notre amitié
n'ait jamais été
vraie; car l'amitié
n'est pas vraie si
vous ne la liez vous-même
entre ceux qui s'attachent
à vous "
par la charité,
que e répand
dans nos coeurs l'Esprit-Saint
qui nous " est
donné (Rom.
V,5) " Et pourtant,
elle m'était
bien douce cette liaison
entretenue au foyer
des mêmes sentiments.
Je l'avais détourné
de la vraie foi, dont
son enfance n'avait
pas été
profondément
imbue, pour l'amener
à ces fables
de superstition et
de mort qui coûtaient
tant de larmes à
ma mère. Il
s'égarait d'esprit
avec moi, cet homme
dont mon âme
ne pouvait plus se
passer. Mais vous
voilà ! ...
toujours penché
sur la trace de vos
fugitifs, Dieu des
vengeances et source
des miséricordes,
qui nous ramenez à
vous par des voies
admirables... vous
voilà! et vous
retirez cet homme
de la vie; à
peine avions-nous
fourni une année
d'amitié, amitié
qui m'était
douce au delà
de tout ce que mes
jours d'alors ont
connu de douceur !
376 : Professeur à
Carthage (IV, 7, 12).
383 : Rencontre de
l’évêque
manichéen Faustus
(V, 6, 11). Déception.
Départ pour
Rome (V, 8, 14).
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7/
CHAPITRE VII : PROFESSEUR
A CARTHAGE
(46)
12. O démence!
qui ne sait pas aimer
les hommes selon l'homme.
Homme insensé
que j'étais
alors, si impatient
des afflictions humaines!
Oppressé, troublé,
je soupirais, je pleurais,
incapable de repos
et de conseil; je
portais mon âme
déchirée
et sanglante, et qui
ne voulait plus se
laisser porter par
moi, et je ne savais
où la poser.
Le charme des bois,
les jeux et les chants
, l'air embaumé
, les banquets splendides,
les voluptés
du lit et de la table,
la lecture, la poésie,
rien ne pouvait la
distraire. Tout m'était
en horreur; la lumière
elle-même; et
tout ce qui n'était
pas lui m'était
odieux et nuisible,
hormis les gémissements
et les larmes, qui
seuls donnaient quelque
repos à ma
douleur.
(47) Et dès
qu'une distraction
en éloignait
mon âme, je
pliais sous le fardeau
de ma misère,
que vous seul, Seigneur,
pouviez soulever et
guérir. Je
le savais, mais je
manquais de volonté
et de force, d'autant
plus que vous n'étiez
à ma pensée
rien de solide ni
de certain. Ce n'était
pas vous, mais un
vain fantôme,
mais mon erreur, qui
était mon Dieu.
Vainement je voulais
y appuyer mon âme;
elle manquait dans
ce vide et retombait
sur moi, Et je me
restais à moi-même
mon unique lieu, lieu
de malheur, où
je ne pouvais rester,
et dont je ne pouvais
sortir. Où
mon coeur se fût-il
enfui de mon coeur?
où me serais-je
précipité
hors de moi-même?
où me serais-je
dérobé
à ma poursuite?
Et cependant j 'abandonnai
ma patrie; car mes
yeux le cherchaient
moins où ils
n'étaient pas
accoutumés
à le voir,
et de Thagaste je
vins à Carthage.
(390)
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8/
LIVRE CINQUIEME - CHAPITRE
VI : RENCONTRE DE L’EVEQUE
MANICHEEN FAUSTUS
(41)
10. Et pendant ces
neuf années
où mon esprit
s'égarait à
les suivre, j'attendais
avec impatience la
venue de ce Faustus;
car ceux de la secte
que j 'avais rencontrés
jusqu'alors, et qui
tous manquaient de
réponses à
mes objections, me
l'annonçaient
comme. devant, dès
l'abord et au premier
entretien, me donner
facile solution de
ces difficultés,
et . de plus graves
encore, qui pourraient
inquiéter ma
pensée. (399)
(42) Il vint, et je
vis un homme doux,
de parole agréable,
et gazouillant les
mêmes contes
avec beaucoup plus
de charme qu'aucun
d'eux. Mais que faisait
à ma soif toute
la bonne grâce
d'un échanson
qui ne m'offrait que
de précieux
vases ? Mon oreille
était déjà
rassasiée de
ces discours; ils
ne me semblaient pas
plus solides pour
être éloquents,
ni plus vrais pour
être plus polis.
Et je ne jugeais pas
de la sagesse de son
âme à
la convenance de sa
physionomie et aux
grâces de son
élocution.
Ceux qui me l'avaient
vanté étaient
de mauvais juges,
qui ne l'estimaient
docte et sage que
parce qu'ils cédaient
au charme de sa parole.
(43) J'ai connu une
autre espèce
d'hommes à
qui la vérité
même est suspecte,
et qui refusent de
s'y rendre quand elle
est proposée
en beaux termes. Mais
déjà,
mon Dieu, vous m'aviez
enseigné par
des voies admirables
et secrètes;
et je crois que je
tiens de vous cet
enseignement, parce
qu'il est vrai, et
que nul autre que
vous n'enseigne la
vérité,
où et d'où
qu'elle vienne. J'avais
donc appris de vous
que ce n'est point
raison qu'une chose
semble vraie pour
être dite avec
éloquence,
ni fausse parce que.
les sons, s'élancent
des lèvres
sans harmonie ; ni
au rebours, qu'une
chose soit vraie par
là même
qu'elle est énoncée
sans politesse, ni
fausse parce qu elle
est vêtue de
brillantes paroles;
mais qui! il en est
de ta sagesse et de
la folie comme d'aliments
bons ou mauvais, et
des expressions comme
de vases d'or et d'argile
ou ces aliments peuvent
être indifféremment
servis.
(44) 11. Le vif désir
que j'avais eu si
longtemps devoir cet
homme trouvait quelque
satisfaction dans
le mouvement et la
vivacité de
ses discours, dans
la propriété
de son langage, qui
se pliait comme un
vêtement à
sa pensée.
J'admirais cette éloquence
avec plusieurs, et
je la publiais plus
haut que nul autre;
mais je souffrais
avec peine que son
nombreux auditoire
ne me permît
pas de lui proposer
mes doutes, de lui
communiquer les perplexités
de ma pensée
en conférence
familière,
dans un libre entretien.
Je pris toutefois
l'occasion en temps
et lieu convenables,
en compagnie de mes
intimes amis, et je
lui dérobai
une audience.
(45) Je lui proposai
plusieurs questions
qui m'embarrassaient;
et je m'assurai bientôt
qu'étranger
à toutes les
sciences, il n'avait
même de ]a grammaire
qu'une connaissance
assez vulgaire. Il
avait lu quelques
discours de Cicéron,
certains passages
de Sénèque,
quelques tirades de
poésie, et
ce qu'il avait trouvé
dans les écrivains
de sa secte de plus
élégant
et de plus pur. L'exercice
journalier de la parole
lui avait donné
cette facilité
d'élocution,
qu'une certaine mesure
dans l'esprit, accompagnée
de , grâce naturelle,
rendait plus agréable
et plus propre à
séduire. N'est-ce
pas la vérité,
Seigneur mon Dieu,
arbitre de ma conscience?
Vous voyez à
nu mon coeur et ma
mémoire, ô
vous qui déjà
me conduisiez par
les plus secrètes
voies de votre Providence,
et présentiez
à ma face la
laideur de mes égarements,
pour que leur vue
m'en donnât
la haine.
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9/
CHAPITRE VIII : IL VA
A ROME MALGRÉ SA MÈRE.
(58) 14. C'est donc
par un ordre inconnu
de votre Providence,
qu'il me fut persuadé
d'aller a Rome, pour
y enseigner la rhétorique
plutôt, qu'à
Carthage. Et d'où
me vint cette persuasion,
je ne manquerai pas
de vous le confesser,
parce qu'ici les abîmes
de vos secrets, et
la présence
permanente de votre
miséricorde
sur nous, se découvrent
à ma pensée
et sollicitent mes
louanges. Je ne me
laissai pas conduire
à Rome par
l'espoir que m'y promettaient
mes amis, de considération
et d'avantages plus
grands, quoique de
telles raisons fussent
alors toutes-puissantes
sur mon esprit;
384 : A Milan.
Visite à Ambroise,
dont il écoute
la prédication
(VI, 3, 3).
385 : Renvoi de sa
concubine (VI, 15,
25).
mais la plus forte,
la seule même
qui me décida,
c'est que j'avais
ouï dire que
la jeunesse y était
plus studieuse, plus
patiente de l'ordre
et de la répression;
qu'un maître
n'y voyait jamais
sa classe insolemment
envahie par des disciples
étrangers à
ses leçons,
et qu'on ne pouvait
même y être
admis que sur sa permission.
(59) Or, rien n'est
comparable à
la honteuse et brutale
licence des écoliers
de Carthage. Ils (60)
forcent l'entrée
des cours avec fureur
et leur démence
effrontée bouleverse
l'ordre que chaque
maître y établit
dans l'intérêt
de ses disciples.
Ils commettent, avec
une impudente stupidité,
mille insolences que
la loi devrait punir,
si elles ne comptaient
sur le patronage de
la coutume. Malheureux,
qui font, comme licite,
ce qui sera toujours
illicite devant votre
loi éternelle;
qui croient à
l'impunité,
déjà
punis par leur cécité
morale, et souffrant
incomparablement plus
qu'ils ne font souffrir.
Ces brutales habitudes
dont, écolier,
j'avais su me préserver,
maître; j'étais
contraint de les endurer.
Voilà ce qui
m'attirait où
un témoignage
unanime m'assurait
qu'il ne se passait
rien de semblable.
(61) Mais vous, "
mon espérance
et mon héritage
dans la terre des
vivants (Ps CXLI,
6) ", vous m'inspiriez
ce désir de
migration pour le
salut de mon âme,
vous prêtiez
des épines
à Carthage
pour m'en arracher,
des charmes à
Rome pour m'y attirer,
et cela par l'entremise
de ces hommes, amateurs
de cette mort vivante;
les uns m'étalant
leurs insolences,
les autres leurs vaines
promesses, et, afin
de redresser mes pas,
vous vous serviez
en secret de leur
malice et de la mienne.
Ces perturbateurs
de mon repos étaient
possédés
d'une aveugle frénésie;
ces tauteurs de mes
espérances
n'avaient de goût
que pour la terre,
et moi, qui détestais
à Carthage
une réalité
de misère,
je poursuivais a Rome
un mensonge de félicité.
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10/
LIVRE SIXIEME - CHAPITRE
III : OCCUPATIONS DE
SAINT AMBROISE.
(21)
3. Mes gémissements
et mes prières
ne vous appelaient
pas encore à
mon secours; mon esprit
inquiet cherchait
et discutait sans
repos. Et j'estimais
Ambroise lui-même
un homme heureux suivant
le siècle,
à le voir honoré
des plus hautes puissances
de la terre : son
célibat seul
me semblait pénible.
Mais tout ce qu'il
nourrissait d'espérance,
tout ce qu'il avait
de luttes à
soutenir contre les
séductions
de sa propre grandeur,
tout ce qu'il trouvait
de consolations dans
l'adversité,
de charmes dans la
voix secrète
qui lui parlait au
fond du coeur, tout
ce qu'il goûtait
de savoureuses joies