Monastère des Augustines de Malestroit, communauté des soeurs chanoinesses hospitalières de l'orde des Augustines de la Miséricorde de Jésus sous la règle de Saint Augustin, au service des pauvres et malades à la clinique de Malestroit Morbihan en Bretagne

 

 

   
 
Chronologie de la vie d’Augustin – Références  Les Confessions de Saint Augustin

Chronologie de la vie d’Augustin – Références : « Les Confessions »

Jeunesse studieuse
354 : Naissance à Thagaste le 13 novembre. Parents : Monique et Patricius.
361 : Etudes à Thagaste. «Je fus livré à l’école. » (I, 9, 14)
365 : Etudes à Madaure. «Mon premier séjour hors de chez moi» (II, 3, 5)
369 : Année d’oisiveté à Thagaste. Vol de poires (II, 3, 8)
370 : Etudiant à Carthage, grâce aux subsides de Romanianus (III, 1)

 

 

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1/ LIVRE PREMIER - CHAPITRE IX : JEUNESSE - ETUDES A THAGASTE

14. O Dieu, mon Dieu, quelles misères, quelles déceptions n'ai-je pas subies, à cet âge, où l'on ne me proposait d'autre règle de bien vivre qu'une docile attention aux conseils de faire fortune dans le siècle, et d'exceller dans cette science verbeuse, servile instrument de l'ambition et de la cupidité des hommes. Puis je fus livré à l'école pour apprendre les lettres; malheureux, je n'en voyais pas l'utilité, et pourtant ma paresse était châtiée. On le trouvait bon; nos devanciers dans la vie nous avaient préparé ces sentiers d'angoisses qu'il fallait traverser; surcroît de labeur et de souffrance pour les enfants d'Adam.

 

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5. Et, cette même année, ramené de Madaure, ville voisine de notre séjour et mon premier pèlerinage littéraire et oratoire, j'avais interrompu mes études. On préparait la dépense d'un plus lointain exil à Carthage, mon père, humble citoyen du municipe de Thagaste, consultant moins sa fortune que son ambition. Eh! pour qui ce récit? Pas pour vous, mon Dieu; mais en m'adressant à vous, je parle à tous les hommes mes frères, si peu qu'ils soient ceux à qui ces pages tomberont entre les mains. Et pourquoi ? Pour que tout lecteur considère avec moi de quel profond abîme il nous faut crier vers vous. Et néanmoins se confesser de coeur, vivre de foi, quoi de plus près de votre oreille? Quelles louanges alors ne prodiguait-on pas à mon père pour fournir, au delà de ses ressources, au studieux et lointain voyage de son fils? Combien de citoyens beaucoup plus opulents que lui étaient loin d'avoir tel souci de leurs enfants? Et ce même père ne s'inquiétait pas si je croissais pour vous, si j'étais chaste, pourvu que je fusse disert, ou plutôt désert sans votre culture, ô Dieu, bon, vrai, seul maître du champ de mon coeur

 

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3/ CHAPITRE III : ANNEE D’OISIVETE A THAGASTE. VOL DE POIRES

8. Voilà avec quels compagnons je courais les places de Babylone, et me roulais dans sa fange (374) comme dans des eaux de senteur et de parfums de cinnamome. Et pour m'attacher plus victorieusement au principe du péché, l'ennemi invisible me foulait aux pieds, et me séduisait, si facile que j'étais à séduire! Sortie du coeur de la cité abominable, mais culminant, lente encore, dans les voies du retour, la mère de ma chair m'avertit bien de garder la pudeur, et pourtant cette confidence de son mari n'éveilla pas en elle la pensée de resserrer dans les limites de l'amour conjugal, sinon de couper au vif ces instincts passionnés dont les germes, déjà si funestes, offraient à ses alarmes le présage des plus grands dangers. Elle négligea le remède, dans la crainte que toute mon espérance ne fût entravée par la chaîne du mariage; non pas cette espérance de la vie future qu'elle plaçait en vous, ma pieuse mère, mais l'espérance d'un avenir littéraire dont ils étaient l'un et l'autre trop jaloux pour moi; lui, parce qu'il ne songeait guère à vous, et rêvait des vanités pour moi; elle, parce que loin de croire que ces études me fussent nuisibles, elle les regardait comme des échelons qui devaient m'élever jusqu'à votre possession. (25) Telles sont les conjectures que hasardent mes souvenirs sur les dispositions de mes parents. Et puis au lieu d'user d'une sage sévérité, on lâchait la bride en mes divertissements à la multitude de mes passions déréglées, et un épais brouillard interceptait sans cesse à ma vue, ô mon Dieu, la lumière de votre vérité ! " Et mon iniquité naissait comme de mon embonpoint (Ps. LXXII, 7). "

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4/ LIVRE TROISIÈME - CHAPITRE PREMIER : ETUDIANT A CARTHAGE,

1. Je vins à Carthage, où bientôt j'entendis bouillir autour de moi la chaudière des sales amours. Je n'aimais pas encore, et j'aimais à aimer; et par une indigence secrète, je m'en voulais de n'être pas encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à aimer; et je haïssais ma sécurité, ma voie exempte de piéges. Mon coeur défaillait, vide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu; et ce n'était pas de cette faim-là que je me sentais affamé ; je n'avais pas l'appétit des aliments incorruptibles: non que j'en fusse rassasié; je n'étais dégoûté que par inanition. Et mon âme était mal portante et couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d'elle-même, elle mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcère. C'est la vie que l'on aime dans les créatures aimer, être aimé m'était encore plus doux, quand la personne aimante se donnait toute à moi.
(7) Je souillais donc la source de l'amitié des ordures de la concupiscence; je couvrais sa sérénité du nuage infernal de la débauche. Hideux et infâme, dans la plénitude de ma vanité, je prétendais encore à l'urbanité élégante. Et je tombai dans l'amour où je désirais être pris, O mon Dieu, ô ma miséricorde, de quelle amertume votre, bonté a assaisonné ce miel! Je fus aimé, j'en vins aux liens secrets de la jouissance, et, joyeux, je m'enlaçais dans un réseau d'angoisses, pour être bientôt livré aux verges de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles.

371 : Mort de Patricius. Liaison avec celle qui lui donnera un fils en 372, Adéodat mort sans doute en 389.
372 : Adhésion au manichéisme (III, 6, 10)

Vie inquiète du professeur
374 : Professeur à Thagaste. Perte d’un ami (IV, 4, 7).

 

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5/ CHAPITRE VI : ADHESION AU MANICHEISME

(41) 10. Aussi, je rencontrai des hommes, au superbe délire, charnels et parleurs; leur bouche recélait un piége diabolique, une glu composée du mélange des syllabes de votre nom, et des noms de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Paraclet notre consolateur, l'Esprit-Saint. Ces noms résidaient toujours sur leurs lèvres, mais ce n'était qu'un son vainement articulé; leur coeur était vide du vrai. Et ils disaient: Vérité, vérité; ils me la nommaient sans cesse, et jamais elle n'était en eux. Ils débitaient l'erreur, non-seulement sur vous, qui êtes vraiment la vérité, mais sur ce monde élémentaire, votre ouvrage, où, par delà les vérités mêmes connues des philosophes j'ai dû m'élancer, grâce (381) à votre amour, ô mon Père, ô bonté souveraine, beauté de toutes les beautés!
(42) Vérité, vérité, combien alors même, et du plus profond de mon âme, je soupirais pour vous, quand, si souvent, et de mille manières, et de vive voix, ces hommes faisaient autour de moi bruire votre nom dans leurs nombreux et longs ouvrages! Et les mets qu'ils servaient à mon appétit de vérité, c'étaient, au lieu de vous, " la lune, le soleil," chefs-d'oeuvre de vos mains, mais votre oeuvre, et non pas vous, ni même votre oeuvre suprême; car vos créatures spirituelles sont encore plus excellentes que ces corps éclatants de lumière et roulant dans les cieux.
(43) Et ce n'était pas de ces créatures excellentes, c'était de vous seule, ô vérité sans changement et sans ombre (Jacq. I,17), que j'avais faim et soif; et l'on ne présentait à ma table que de splendides fantômes. Et mieux eût valu attacher mon amour à ce soleil, vrai du moins pour les yeux, qu'à ces mensonges, qui, par les yeux, trompent l'esprit. Et toutefois je les prenais pour vous, et je m'en nourrissais, mais sans avidité, car mon palais ne me rendait pas la saveur de votre réalité; et vous n'étiez rien de toutes ces vaines fictions, où je trouvais moins aliment qu'épuisement. La nourriture imaginaire de nos songes est semblable à la nourriture de nos veilles; et elle laisse notre sommeil à jeun. Mais ces vanités ne vous ressemblaient en rien, comme depuis votre parole me l'a fait connaître; ce n'étaient que rêves insensés, corps fantastiques, bien éloignés de la certitude de ces corps réels, soit célestes, soit terrestres, que nous voyons de l'oeil charnel, de l'oeil des brutes et des oiseaux; corps plus vrais néanmoins dans leur réalité que dans notre imagination; mais combien notre imagination est plus vraie que cette induction chimérique qui se plaît à en soupçonner d'immenses, d'infinis, pur néant, dont alors je me repaissais à vide!
(44) Mais vous, mon amour, en qui je me meurs pour être fort, vous n'êtes ni ces corps que nous voyons dans les cieux, ni ceux que nous ne pouvons voir de si bas; car ils ne sont que vos créatures, et même ne résident pas au faîte de votre création. Combien donc êtes-vous loin de ces folles conceptions, de ces chimères de corps qui n'ont aucun être, qui ont moins de certitude que les images mêmes des corps réels, entités plus certaines que ces images, et qui ne sont pas vous: vous n'êtes pas même l'âme qui est leur vie, cette vie des corps meilleure et plus certaine que les corps; mais vous êtes la vie des âmes, la vie des vies, indépendante et immuable vie, ô vie de mon âme!

 

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6/ LIVRE QUATRIEME - CHAPITRE IV : PROFESSEUR A THAGASTE. PERTE D’UN AMI

(27) 7. En ces premières années de mon enseignement dans ma ville natale, je m'étais fait un ami, que la parité d'études et d'âge m'avait rendu bien cher; il fleurissait comme moi sa fleur d'adolescence. Enfants, nous avions grandi ensemble; nous avions été à l'école, nous avions joué ensemble. Mais il ne m'était pas alors aussi cher que depuis, quoique notre amitié n'ait jamais été vraie; car l'amitié n'est pas vraie si vous ne la liez vous-même entre ceux qui s'attachent à vous " par la charité, que e répand dans nos coeurs l'Esprit-Saint qui nous " est donné (Rom. V,5) " Et pourtant, elle m'était bien douce cette liaison entretenue au foyer des mêmes sentiments. Je l'avais détourné de la vraie foi, dont son enfance n'avait pas été profondément imbue, pour l'amener à ces fables de superstition et de mort qui coûtaient tant de larmes à ma mère. Il s'égarait d'esprit avec moi, cet homme dont mon âme ne pouvait plus se passer. Mais vous voilà ! ... toujours penché sur la trace de vos fugitifs, Dieu des vengeances et source des miséricordes, qui nous ramenez à vous par des voies admirables... vous voilà! et vous retirez cet homme de la vie; à peine avions-nous fourni une année d'amitié, amitié qui m'était douce au delà de tout ce que mes jours d'alors ont connu de douceur !

376 : Professeur à Carthage (IV, 7, 12).
383 : Rencontre de l’évêque manichéen Faustus (V, 6, 11). Déception. Départ pour Rome (V, 8, 14).

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7/ CHAPITRE VII : PROFESSEUR A CARTHAGE

 

(46) 12. O démence! qui ne sait pas aimer les hommes selon l'homme. Homme insensé que j'étais alors, si impatient des afflictions humaines! Oppressé, troublé, je soupirais, je pleurais, incapable de repos et de conseil; je portais mon âme déchirée et sanglante, et qui ne voulait plus se laisser porter par moi, et je ne savais où la poser. Le charme des bois, les jeux et les chants , l'air embaumé , les banquets splendides, les voluptés du lit et de la table, la lecture, la poésie, rien ne pouvait la distraire. Tout m'était en horreur; la lumière elle-même; et tout ce qui n'était pas lui m'était odieux et nuisible, hormis les gémissements et les larmes, qui seuls donnaient quelque repos à ma douleur.
(47) Et dès qu'une distraction en éloignait mon âme, je pliais sous le fardeau de ma misère, que vous seul, Seigneur, pouviez soulever et guérir. Je le savais, mais je manquais de volonté et de force, d'autant plus que vous n'étiez à ma pensée rien de solide ni de certain. Ce n'était pas vous, mais un vain fantôme, mais mon erreur, qui était mon Dieu. Vainement je voulais y appuyer mon âme; elle manquait dans ce vide et retombait sur moi, Et je me restais à moi-même mon unique lieu, lieu de malheur, où je ne pouvais rester, et dont je ne pouvais sortir. Où mon coeur se fût-il enfui de mon coeur? où me serais-je précipité hors de moi-même? où me serais-je dérobé à ma poursuite? Et cependant j 'abandonnai ma patrie; car mes yeux le cherchaient moins où ils n'étaient pas accoutumés à le voir, et de Thagaste je vins à Carthage. (390)

 

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8/ LIVRE CINQUIEME - CHAPITRE VI : RENCONTRE DE L’EVEQUE MANICHEEN FAUSTUS

(41) 10. Et pendant ces neuf années où mon esprit s'égarait à les suivre, j'attendais avec impatience la venue de ce Faustus; car ceux de la secte que j 'avais rencontrés jusqu'alors, et qui tous manquaient de réponses à mes objections, me l'annonçaient comme. devant, dès l'abord et au premier entretien, me donner facile solution de ces difficultés, et . de plus graves encore, qui pourraient inquiéter ma pensée. (399)
(42) Il vint, et je vis un homme doux, de parole agréable, et gazouillant les mêmes contes avec beaucoup plus de charme qu'aucun d'eux. Mais que faisait à ma soif toute la bonne grâce d'un échanson qui ne m'offrait que de précieux vases ? Mon oreille était déjà rassasiée de ces discours; ils ne me semblaient pas plus solides pour être éloquents, ni plus vrais pour être plus polis. Et je ne jugeais pas de la sagesse de son âme à la convenance de sa physionomie et aux grâces de son élocution. Ceux qui me l'avaient vanté étaient de mauvais juges, qui ne l'estimaient docte et sage que parce qu'ils cédaient au charme de sa parole.
(43) J'ai connu une autre espèce d'hommes à qui la vérité même est suspecte, et qui refusent de s'y rendre quand elle est proposée en beaux termes. Mais déjà, mon Dieu, vous m'aviez enseigné par des voies admirables et secrètes; et je crois que je tiens de vous cet enseignement, parce qu'il est vrai, et que nul autre que vous n'enseigne la vérité, où et d'où qu'elle vienne. J'avais donc appris de vous que ce n'est point raison qu'une chose semble vraie pour être dite avec éloquence, ni fausse parce que. les sons, s'élancent des lèvres sans harmonie ; ni au rebours, qu'une chose soit vraie par là même qu'elle est énoncée sans politesse, ni fausse parce qu elle est vêtue de brillantes paroles; mais qui! il en est de ta sagesse et de la folie comme d'aliments bons ou mauvais, et des expressions comme de vases d'or et d'argile ou ces aliments peuvent être indifféremment servis.
(44) 11. Le vif désir que j'avais eu si longtemps devoir cet homme trouvait quelque satisfaction dans le mouvement et la vivacité de ses discours, dans la propriété de son langage, qui se pliait comme un vêtement à sa pensée. J'admirais cette éloquence avec plusieurs, et je la publiais plus haut que nul autre; mais je souffrais avec peine que son nombreux auditoire ne me permît pas de lui proposer mes doutes, de lui communiquer les perplexités de ma pensée en conférence familière, dans un libre entretien. Je pris toutefois l'occasion en temps et lieu convenables, en compagnie de mes intimes amis, et je lui dérobai une audience.
(45) Je lui proposai plusieurs questions qui m'embarrassaient; et je m'assurai bientôt qu'étranger à toutes les sciences, il n'avait même de ]a grammaire qu'une connaissance assez vulgaire. Il avait lu quelques discours de Cicéron, certains passages de Sénèque, quelques tirades de poésie, et ce qu'il avait trouvé dans les écrivains de sa secte de plus élégant et de plus pur. L'exercice journalier de la parole lui avait donné cette facilité d'élocution, qu'une certaine mesure dans l'esprit, accompagnée de , grâce naturelle, rendait plus agréable et plus propre à séduire. N'est-ce pas la vérité, Seigneur mon Dieu, arbitre de ma conscience? Vous voyez à nu mon coeur et ma mémoire, ô vous qui déjà me conduisiez par les plus secrètes voies de votre Providence, et présentiez à ma face la laideur de mes égarements, pour que leur vue m'en donnât la haine.

  

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9/ CHAPITRE VIII : IL VA A ROME MALGRÉ SA MÈRE.

(58) 14. C'est donc par un ordre inconnu de votre Providence, qu'il me fut persuadé d'aller a Rome, pour y enseigner la rhétorique plutôt, qu'à Carthage. Et d'où me vint cette persuasion, je ne manquerai pas de vous le confesser, parce qu'ici les abîmes de vos secrets, et la présence permanente de votre miséricorde sur nous, se découvrent à ma pensée et sollicitent mes louanges. Je ne me laissai pas conduire à Rome par l'espoir que m'y promettaient mes amis, de considération et d'avantages plus grands, quoique de telles raisons fussent alors toutes-puissantes sur mon esprit;

384 : A Milan. Visite à Ambroise, dont il écoute la prédication (VI, 3, 3).
385 : Renvoi de sa concubine (VI, 15, 25).


mais la plus forte, la seule même qui me décida, c'est que j'avais ouï dire que la jeunesse y était plus studieuse, plus patiente de l'ordre et de la répression; qu'un maître n'y voyait jamais sa classe insolemment envahie par des disciples étrangers à ses leçons, et qu'on ne pouvait même y être admis que sur sa permission.
(59) Or, rien n'est comparable à la honteuse et brutale licence des écoliers de Carthage. Ils (60) forcent l'entrée des cours avec fureur et leur démence effrontée bouleverse l'ordre que chaque maître y établit dans l'intérêt de ses disciples. Ils commettent, avec une impudente stupidité, mille insolences que la loi devrait punir, si elles ne comptaient sur le patronage de la coutume. Malheureux, qui font, comme licite, ce qui sera toujours illicite devant votre loi éternelle; qui croient à l'impunité, déjà punis par leur cécité morale, et souffrant incomparablement plus qu'ils ne font souffrir. Ces brutales habitudes dont, écolier, j'avais su me préserver, maître; j'étais contraint de les endurer. Voilà ce qui m'attirait où un témoignage unanime m'assurait qu'il ne se passait rien de semblable.
(61) Mais vous, " mon espérance et mon héritage dans la terre des vivants (Ps CXLI, 6) ", vous m'inspiriez ce désir de migration pour le salut de mon âme, vous prêtiez des épines à Carthage pour m'en arracher, des charmes à Rome pour m'y attirer, et cela par l'entremise de ces hommes, amateurs de cette mort vivante; les uns m'étalant leurs insolences, les autres leurs vaines promesses, et, afin de redresser mes pas, vous vous serviez en secret de leur malice et de la mienne. Ces perturbateurs de mon repos étaient possédés d'une aveugle frénésie; ces tauteurs de mes espérances n'avaient de goût que pour la terre, et moi, qui détestais à Carthage une réalité de misère, je poursuivais a Rome un mensonge de félicité.

 

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10/ LIVRE SIXIEME - CHAPITRE III : OCCUPATIONS DE SAINT AMBROISE.

(21) 3. Mes gémissements et mes prières ne vous appelaient pas encore à mon secours; mon esprit inquiet cherchait et discutait sans repos. Et j'estimais Ambroise lui-même un homme heureux suivant le siècle, à le voir honoré des plus hautes puissances de la terre : son célibat seul me semblait pénible. Mais tout ce qu'il nourrissait d'espérance, tout ce qu'il avait de luttes à soutenir contre les séductions de sa propre grandeur, tout ce qu'il trouvait de consolations dans l'adversité, de charmes dans la voix secrète qui lui parlait au fond du coeur, tout ce qu'il goûtait de savoureuses joies