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Chronologie de la vie d’Augustin – Références  Les Confessions de Saint Augustin
A consulter : Augustines vie canoniale - St Augustin (la règle) - Biographie St Augustin

Chronologie de la vie d’Augustin – Références : « Les Confessions »

Jeunesse studieuse
354 : Naissance à Thagaste le 13 novembre. Parents : Monique et Patricius.
361 : Etudes à Thagaste. «Je fus livré à l’école. » (I, 9, 14)
365 : Etudes à Madaure. «Mon premier séjour hors de chez moi» (II, 3, 5)
369 : Année d’oisiveté à Thagaste. Vol de poires (II, 3, 8)
370 : Etudiant à Carthage, grâce aux subsides de Romanianus (III, 1)

 

 

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1/ LIVRE PREMIER - CHAPITRE IX : JEUNESSE - ETUDES A THAGASTE

14. O Dieu, mon Dieu, quelles misères, quelles déceptions n'ai-je pas subies, à cet âge, où l'on ne me proposait d'autre règle de bien vivre qu'une docile attention aux conseils de faire fortune dans le siècle, et d'exceller dans cette science verbeuse, servile instrument de l'ambition et de la cupidité des hommes. Puis je fus livré à l'école pour apprendre les lettres; malheureux, je n'en voyais pas l'utilité, et pourtant ma paresse était châtiée. On le trouvait bon; nos devanciers dans la vie nous avaient préparé ces sentiers d'angoisses qu'il fallait traverser; surcroît de labeur et de souffrance pour les enfants d'Adam.

 

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5. Et, cette même année, ramené de Madaure, ville voisine de notre séjour et mon premier pèlerinage littéraire et oratoire, j'avais interrompu mes études. On préparait la dépense d'un plus lointain exil à Carthage, mon père, humble citoyen du municipe de Thagaste, consultant moins sa fortune que son ambition. Eh! pour qui ce récit? Pas pour vous, mon Dieu; mais en m'adressant à vous, je parle à tous les hommes mes frères, si peu qu'ils soient ceux à qui ces pages tomberont entre les mains. Et pourquoi ? Pour que tout lecteur considère avec moi de quel profond abîme il nous faut crier vers vous. Et néanmoins se confesser de coeur, vivre de foi, quoi de plus près de votre oreille? Quelles louanges alors ne prodiguait-on pas à mon père pour fournir, au delà de ses ressources, au studieux et lointain voyage de son fils? Combien de citoyens beaucoup plus opulents que lui étaient loin d'avoir tel souci de leurs enfants? Et ce même père ne s'inquiétait pas si je croissais pour vous, si j'étais chaste, pourvu que je fusse disert, ou plutôt désert sans votre culture, ô Dieu, bon, vrai, seul maître du champ de mon coeur

 

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3/ CHAPITRE III : ANNEE D’OISIVETE A THAGASTE. VOL DE POIRES

8. Voilà avec quels compagnons je courais les places de Babylone, et me roulais dans sa fange (374) comme dans des eaux de senteur et de parfums de cinnamome. Et pour m'attacher plus victorieusement au principe du péché, l'ennemi invisible me foulait aux pieds, et me séduisait, si facile que j'étais à séduire! Sortie du coeur de la cité abominable, mais culminant, lente encore, dans les voies du retour, la mère de ma chair m'avertit bien de garder la pudeur, et pourtant cette confidence de son mari n'éveilla pas en elle la pensée de resserrer dans les limites de l'amour conjugal, sinon de couper au vif ces instincts passionnés dont les germes, déjà si funestes, offraient à ses alarmes le présage des plus grands dangers. Elle négligea le remède, dans la crainte que toute mon espérance ne fût entravée par la chaîne du mariage; non pas cette espérance de la vie future qu'elle plaçait en vous, ma pieuse mère, mais l'espérance d'un avenir littéraire dont ils étaient l'un et l'autre trop jaloux pour moi; lui, parce qu'il ne songeait guère à vous, et rêvait des vanités pour moi; elle, parce que loin de croire que ces études me fussent nuisibles, elle les regardait comme des échelons qui devaient m'élever jusqu'à votre possession. (25) Telles sont les conjectures que hasardent mes souvenirs sur les dispositions de mes parents. Et puis au lieu d'user d'une sage sévérité, on lâchait la bride en mes divertissements à la multitude de mes passions déréglées, et un épais brouillard interceptait sans cesse à ma vue, ô mon Dieu, la lumière de votre vérité ! " Et mon iniquité naissait comme de mon embonpoint (Ps. LXXII, 7). "

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4/ LIVRE TROISIÈME - CHAPITRE PREMIER : ETUDIANT A CARTHAGE,

1. Je vins à Carthage, où bientôt j'entendis bouillir autour de moi la chaudière des sales amours. Je n'aimais pas encore, et j'aimais à aimer; et par une indigence secrète, je m'en voulais de n'être pas encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à aimer; et je haïssais ma sécurité, ma voie exempte de piéges. Mon coeur défaillait, vide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu; et ce n'était pas de cette faim-là que je me sentais affamé ; je n'avais pas l'appétit des aliments incorruptibles: non que j'en fusse rassasié; je n'étais dégoûté que par inanition. Et mon âme était mal portante et couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d'elle-même, elle mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcère. C'est la vie que l'on aime dans les créatures aimer, être aimé m'était encore plus doux, quand la personne aimante se donnait toute à moi.
(7) Je souillais donc la source de l'amitié des ordures de la concupiscence; je couvrais sa sérénité du nuage infernal de la débauche. Hideux et infâme, dans la plénitude de ma vanité, je prétendais encore à l'urbanité élégante. Et je tombai dans l'amour où je désirais être pris, O mon Dieu, ô ma miséricorde, de quelle amertume votre, bonté a assaisonné ce miel! Je fus aimé, j'en vins aux liens secrets de la jouissance, et, joyeux, je m'enlaçais dans un réseau d'angoisses, pour être bientôt livré aux verges de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles.

371 : Mort de Patricius. Liaison avec celle qui lui donnera un fils en 372, Adéodat mort sans doute en 389.
372 : Adhésion au manichéisme (III, 6, 10)

Vie inquiète du professeur
374 : Professeur à Thagaste. Perte d’un ami (IV, 4, 7).

 

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5/ CHAPITRE VI : ADHESION AU MANICHEISME

(41) 10. Aussi, je rencontrai des hommes, au superbe délire, charnels et parleurs; leur bouche recélait un piége diabolique, une glu composée du mélange des syllabes de votre nom, et des noms de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Paraclet notre consolateur, l'Esprit-Saint. Ces noms résidaient toujours sur leurs lèvres, mais ce n'était qu'un son vainement articulé; leur coeur était vide du vrai. Et ils disaient: Vérité, vérité; ils me la nommaient sans cesse, et jamais elle n'était en eux. Ils débitaient l'erreur, non-seulement sur vous, qui êtes vraiment la vérité, mais sur ce monde élémentaire, votre ouvrage, où, par delà les vérités mêmes connues des philosophes j'ai dû m'élancer, grâce (381) à votre amour, ô mon Père, ô bonté souveraine, beauté de toutes les beautés!
(42) Vérité, vérité, combien alors même, et du plus profond de mon âme, je soupirais pour vous, quand, si souvent, et de mille manières, et de vive voix, ces hommes faisaient autour de moi bruire votre nom dans leurs nombreux et longs ouvrages! Et les mets qu'ils servaient à mon appétit de vérité, c'étaient, au lieu de vous, " la lune, le soleil," chefs-d'oeuvre de vos mains, mais votre oeuvre, et non pas vous, ni même votre oeuvre suprême; car vos créatures spirituelles sont encore plus excellentes que ces corps éclatants de lumière et roulant dans les cieux.
(43) Et ce n'était pas de ces créatures excellentes, c'était de vous seule, ô vérité sans changement et sans ombre (Jacq. I,17), que j'avais faim et soif; et l'on ne présentait à ma table que de splendides fantômes. Et mieux eût valu attacher mon amour à ce soleil, vrai du moins pour les yeux, qu'à ces mensonges, qui, par les yeux, trompent l'esprit. Et toutefois je les prenais pour vous, et je m'en nourrissais, mais sans avidité, car mon palais ne me rendait pas la saveur de votre réalité; et vous n'étiez rien de toutes ces vaines fictions, où je trouvais moins aliment qu'épuisement. La nourriture imaginaire de nos songes est semblable à la nourriture de nos veilles; et elle laisse notre sommeil à jeun. Mais ces vanités ne vous ressemblaient en rien, comme depuis votre parole me l'a fait connaître; ce n'étaient que rêves insensés, corps fantastiques, bien éloignés de la certitude de ces corps réels, soit célestes, soit terrestres, que nous voyons de l'oeil charnel, de l'oeil des brutes et des oiseaux; corps plus vrais néanmoins dans leur réalité que dans notre imagination; mais combien notre imagination est plus vraie que cette induction chimérique qui se plaît à en soupçonner d'immenses, d'infinis, pur néant, dont alors je me repaissais à vide!
(44) Mais vous, mon amour, en qui je me meurs pour être fort, vous n'êtes ni ces corps que nous voyons dans les cieux, ni ceux que nous ne pouvons voir de si bas; car ils ne sont que vos créatures, et même ne résident pas au faîte de votre création. Combien donc êtes-vous loin de ces folles conceptions, de ces chimères de corps qui n'ont aucun être, qui ont moins de certitude que les images mêmes des corps réels, entités plus certaines que ces images, et qui ne sont pas vous: vous n'êtes pas même l'âme qui est leur vie, cette vie des corps meilleure et plus certaine que les corps; mais vous êtes la vie des âmes, la vie des vies, indépendante et immuable vie, ô vie de mon âme!

 

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6/ LIVRE QUATRIEME - CHAPITRE IV : PROFESSEUR A THAGASTE. PERTE D’UN AMI

(27) 7. En ces premières années de mon enseignement dans ma ville natale, je m'étais fait un ami, que la parité d'études et d'âge m'avait rendu bien cher; il fleurissait comme moi sa fleur d'adolescence. Enfants, nous avions grandi ensemble; nous avions été à l'école, nous avions joué ensemble. Mais il ne m'était pas alors aussi cher que depuis, quoique notre amitié n'ait jamais été vraie; car l'amitié n'est pas vraie si vous ne la liez vous-même entre ceux qui s'attachent à vous " par la charité, que e répand dans nos coeurs l'Esprit-Saint qui nous " est donné (Rom. V,5) " Et pourtant, elle m'était bien douce cette liaison entretenue au foyer des mêmes sentiments. Je l'avais détourné de la vraie foi, dont son enfance n'avait pas été profondément imbue, pour l'amener à ces fables de superstition et de mort qui coûtaient tant de larmes à ma mère. Il s'égarait d'esprit avec moi, cet homme dont mon âme ne pouvait plus se passer. Mais vous voilà ! ... toujours penché sur la trace de vos fugitifs, Dieu des vengeances et source des miséricordes, qui nous ramenez à vous par des voies admirables... vous voilà! et vous retirez cet homme de la vie; à peine avions-nous fourni une année d'amitié, amitié qui m'était douce au delà de tout ce que mes jours d'alors ont connu de douceur !

376 : Professeur à Carthage (IV, 7, 12).
383 : Rencontre de l’évêque manichéen Faustus (V, 6, 11). Déception. Départ pour Rome (V, 8, 14).

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7/ CHAPITRE VII : PROFESSEUR A CARTHAGE

 

(46) 12. O démence! qui ne sait pas aimer les hommes selon l'homme. Homme insensé que j'étais alors, si impatient des afflictions humaines! Oppressé, troublé, je soupirais, je pleurais, incapable de repos et de conseil; je portais mon âme déchirée et sanglante, et qui ne voulait plus se laisser porter par moi, et je ne savais où la poser. Le charme des bois, les jeux et les chants , l'air embaumé , les banquets splendides, les voluptés du lit et de la table, la lecture, la poésie, rien ne pouvait la distraire. Tout m'était en horreur; la lumière elle-même; et tout ce qui n'était pas lui m'était odieux et nuisible, hormis les gémissements et les larmes, qui seuls donnaient quelque repos à ma douleur.
(47) Et dès qu'une distraction en éloignait mon âme, je pliais sous le fardeau de ma misère, que vous seul, Seigneur, pouviez soulever et guérir. Je le savais, mais je manquais de volonté et de force, d'autant plus que vous n'étiez à ma pensée rien de solide ni de certain. Ce n'était pas vous, mais un vain fantôme, mais mon erreur, qui était mon Dieu. Vainement je voulais y appuyer mon âme; elle manquait dans ce vide et retombait sur moi, Et je me restais à moi-même mon unique lieu, lieu de malheur, où je ne pouvais rester, et dont je ne pouvais sortir. Où mon coeur se fût-il enfui de mon coeur? où me serais-je précipité hors de moi-même? où me serais-je dérobé à ma poursuite? Et cependant j 'abandonnai ma patrie; car mes yeux le cherchaient moins où ils n'étaient pas accoutumés à le voir, et de Thagaste je vins à Carthage. (390)

 

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8/ LIVRE CINQUIEME - CHAPITRE VI : RENCONTRE DE L’EVEQUE MANICHEEN FAUSTUS

(41) 10. Et pendant ces neuf années où mon esprit s'égarait à les suivre, j'attendais avec impatience la venue de ce Faustus; car ceux de la secte que j 'avais rencontrés jusqu'alors, et qui tous manquaient de réponses à mes objections, me l'annonçaient comme. devant, dès l'abord et au premier entretien, me donner facile solution de ces difficultés, et . de plus graves encore, qui pourraient inquiéter ma pensée. (399)
(42) Il vint, et je vis un homme doux, de parole agréable, et gazouillant les mêmes contes avec beaucoup plus de charme qu'aucun d'eux. Mais que faisait à ma soif toute la bonne grâce d'un échanson qui ne m'offrait que de précieux vases ? Mon oreille était déjà rassasiée de ces discours; ils ne me semblaient pas plus solides pour être éloquents, ni plus vrais pour être plus polis. Et je ne jugeais pas de la sagesse de son âme à la convenance de sa physionomie et aux grâces de son élocution. Ceux qui me l'avaient vanté étaient de mauvais juges, qui ne l'estimaient docte et sage que parce qu'ils cédaient au charme de sa parole.
(43) J'ai connu une autre espèce d'hommes à qui la vérité même est suspecte, et qui refusent de s'y rendre quand elle est proposée en beaux termes. Mais déjà, mon Dieu, vous m'aviez enseigné par des voies admirables et secrètes; et je crois que je tiens de vous cet enseignement, parce qu'il est vrai, et que nul autre que vous n'enseigne la vérité, où et d'où qu'elle vienne. J'avais donc appris de vous que ce n'est point raison qu'une chose semble vraie pour être dite avec éloquence, ni fausse parce que. les sons, s'élancent des lèvres sans harmonie ; ni au rebours, qu'une chose soit vraie par là même qu'elle est énoncée sans politesse, ni fausse parce qu elle est vêtue de brillantes paroles; mais qui! il en est de ta sagesse et de la folie comme d'aliments bons ou mauvais, et des expressions comme de vases d'or et d'argile ou ces aliments peuvent être indifféremment servis.
(44) 11. Le vif désir que j'avais eu si longtemps devoir cet homme trouvait quelque satisfaction dans le mouvement et la vivacité de ses discours, dans la propriété de son langage, qui se pliait comme un vêtement à sa pensée. J'admirais cette éloquence avec plusieurs, et je la publiais plus haut que nul autre; mais je souffrais avec peine que son nombreux auditoire ne me permît pas de lui proposer mes doutes, de lui communiquer les perplexités de ma pensée en conférence familière, dans un libre entretien. Je pris toutefois l'occasion en temps et lieu convenables, en compagnie de mes intimes amis, et je lui dérobai une audience.
(45) Je lui proposai plusieurs questions qui m'embarrassaient; et je m'assurai bientôt qu'étranger à toutes les sciences, il n'avait même de ]a grammaire qu'une connaissance assez vulgaire. Il avait lu quelques discours de Cicéron, certains passages de Sénèque, quelques tirades de poésie, et ce qu'il avait trouvé dans les écrivains de sa secte de plus élégant et de plus pur. L'exercice journalier de la parole lui avait donné cette facilité d'élocution, qu'une certaine mesure dans l'esprit, accompagnée de , grâce naturelle, rendait plus agréable et plus propre à séduire. N'est-ce pas la vérité, Seigneur mon Dieu, arbitre de ma conscience? Vous voyez à nu mon coeur et ma mémoire, ô vous qui déjà me conduisiez par les plus secrètes voies de votre Providence, et présentiez à ma face la laideur de mes égarements, pour que leur vue m'en donnât la haine.

  

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9/ CHAPITRE VIII : IL VA A ROME MALGRÉ SA MÈRE.

(58) 14. C'est donc par un ordre inconnu de votre Providence, qu'il me fut persuadé d'aller a Rome, pour y enseigner la rhétorique plutôt, qu'à Carthage. Et d'où me vint cette persuasion, je ne manquerai pas de vous le confesser, parce qu'ici les abîmes de vos secrets, et la présence permanente de votre miséricorde sur nous, se découvrent à ma pensée et sollicitent mes louanges. Je ne me laissai pas conduire à Rome par l'espoir que m'y promettaient mes amis, de considération et d'avantages plus grands, quoique de telles raisons fussent alors toutes-puissantes sur mon esprit;

384 : A Milan. Visite à Ambroise, dont il écoute la prédication (VI, 3, 3).
385 : Renvoi de sa concubine (VI, 15, 25).


mais la plus forte, la seule même qui me décida, c'est que j'avais ouï dire que la jeunesse y était plus studieuse, plus patiente de l'ordre et de la répression; qu'un maître n'y voyait jamais sa classe insolemment envahie par des disciples étrangers à ses leçons, et qu'on ne pouvait même y être admis que sur sa permission.
(59) Or, rien n'est comparable à la honteuse et brutale licence des écoliers de Carthage. Ils (60) forcent l'entrée des cours avec fureur et leur démence effrontée bouleverse l'ordre que chaque maître y établit dans l'intérêt de ses disciples. Ils commettent, avec une impudente stupidité, mille insolences que la loi devrait punir, si elles ne comptaient sur le patronage de la coutume. Malheureux, qui font, comme licite, ce qui sera toujours illicite devant votre loi éternelle; qui croient à l'impunité, déjà punis par leur cécité morale, et souffrant incomparablement plus qu'ils ne font souffrir. Ces brutales habitudes dont, écolier, j'avais su me préserver, maître; j'étais contraint de les endurer. Voilà ce qui m'attirait où un témoignage unanime m'assurait qu'il ne se passait rien de semblable.
(61) Mais vous, " mon espérance et mon héritage dans la terre des vivants (Ps CXLI, 6) ", vous m'inspiriez ce désir de migration pour le salut de mon âme, vous prêtiez des épines à Carthage pour m'en arracher, des charmes à Rome pour m'y attirer, et cela par l'entremise de ces hommes, amateurs de cette mort vivante; les uns m'étalant leurs insolences, les autres leurs vaines promesses, et, afin de redresser mes pas, vous vous serviez en secret de leur malice et de la mienne. Ces perturbateurs de mon repos étaient possédés d'une aveugle frénésie; ces tauteurs de mes espérances n'avaient de goût que pour la terre, et moi, qui détestais à Carthage une réalité de misère, je poursuivais a Rome un mensonge de félicité.

 

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10/ LIVRE SIXIEME - CHAPITRE III : OCCUPATIONS DE SAINT AMBROISE.

(21) 3. Mes gémissements et mes prières ne vous appelaient pas encore à mon secours; mon esprit inquiet cherchait et discutait sans repos. Et j'estimais Ambroise lui-même un homme heureux suivant le siècle, à le voir honoré des plus hautes puissances de la terre : son célibat seul me semblait pénible. Mais tout ce qu'il nourrissait d'espérance, tout ce qu'il avait de luttes à soutenir contre les séductions de sa propre grandeur, tout ce qu'il trouvait de consolations dans l'adversité, de charmes dans la voix secrète qui lui parlait au fond du coeur, tout ce qu'il goûtait de savoureuses joies en ruminant le pain de vie, je n'en avais nul pressentiment, nulle expérience, et lui ne se doutait pas de mes angoisses et de la fosse profonde où j'allais tomber. Il m'était impossible de l'entretenir de ce que je voulais, comme je le voulais; une armée de gens nécessiteux me dérobait cette audience et cet entretien il était le serviteur de leurs infirmités. S'ils lui laissaient quelques instants, il réconfortait son corps par les aliments nécessaires et son esprit par la lecture.
(22) Quand il lisait, ses yeux couraient les pages dont son esprit perçait le sens; sa voix et sa langue se reposaient. Souvent en franchissant le seuil de sa porte, dont l'accès n'était jamais défendu, où l'on entrait sans être annoncé, je le trouvais lisant tout bas et jamais autrement. Je m'asseyais, et après être demeuré dans un long silence (qui eût osé troubler une attention si profonde ?) je me retirais, présumant qu'il lui serait importun d'être interrompu dans ces rapides instants, permis au délassement de son esprit fatigué du tumulte de tant d'affaires. Peut-être évitait-il une lecture à haute voix, de peur d'être surpris par un auditeur attentif em quelque passage obscur ou difficile, qui le contraignit à dépenser en éclaircissement ou en dispute, le temps destiné aux ouvrages dont il s'était proposé l'examen; et puis, la nécessité de ménager sa voix qui se brisait aisément, pouvait être encore une juste raison de lecture muette. Enfin, quelle que fût l'intention de cette habitude, elle ne pouvait être que bonne en un tel homme.

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11/ CHAPITRE XV : LA FEMME QU'IL ENTRETENAIT ÉTANT RETOURNÉE EN AFRIQUE, IL E N PREND UNE AUTRE.

(111) 25. Cependant mes péchés se multipliaient; et quand on vint arracher de mes côtés, comme un obstacle à mon mariage, la femme qui vivait avec moi, il fallut déchirer le coeur où elle avait racine, et la blessure saigna longtemps. Mais elle, à son retour en Afrique, vous fit voeu de renoncer au commerce de l'homme. Elle me laissait le fils naturel qu'elle m'avait donné. Et moi malheureux, incapable d'imiter une femme, impatient de cette attente de deux années pour obtenir la main qui m'était promise, n'étant point amoureux du mariage, mais esclave de la volupté, je trouvai une autre femme, comme pour soutenir et irriter la maladie de mon âme, en lui continuant cette honteuse escorte de plaisirs jusqu'à l'avènement de l'épouse. Ainsi la blessure dont la première séparation m'avait navré, ne guérissait pas: niais après de cuisantes douleurs, elle tournait en sanie: et le mal, plus languissant, n'en était que plus désespéré.

Conversion à Milan
386 : Lecture des Livres platoniciens (VII, 10, 16).
386 : Août. Scène du jardin (VIII, 12, 29).

 

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12/ LIVRE SEPTIEME - CHAPITRE X : IL DÉCOUVRE QUE DIEU EST LA LUMIÈRE IMMUABLE.

(81) 16. Ainsi averti de revenir à moi, j'entrai dans le plus secret de mon âme, aidé de votre secours. J'entrai, et j'aperçus de l'oeil intérieur, si faible qu'il fût, au-dessus de cet oeil intérieur, au-dessus de mon intelligence, la lumière immuable; non cette lumière évidente au regard charnel, non pas une autre, de même nature, dardant d'un plus vaste foyer de plus vifs rayons et remplissant l'espace de sa grandeur. Cette lumière était d'un ordre tout différent. Et elle n'était point au-dessus de mon esprit, ainsi que l'huile est au-dessus de l'eau, et le ciel au-dessus de la terre; elle m'était supérieure, comme auteur de mon être; je lui étais inférieur comme son ouvrage. Qui connaît la vérité voit cette lumière, et qui voit cette lumière connaît l'éternité. L'amour est l'oeil qui la voit,
(82) O éternelle vérité! ô vraie charité !ô chère éternité! vous êtes mon Dieu; après vous je soupire, jour et nuit; et dès que je pus vous découvrir, vous m'avez soulevé, pour me faire voir qu'il me restait infiniment à voir, et que je n'avais pas encore les yeux pour voir. Et vous éblouissiez ma faible vue de votre vive et pénétrante clarté, et je frissonnais d'amour et d'horreur. Et je me trouvais bien loin de vous, aux régions souterraines où j'entendais à peine votre voix descendue d'en-haut: " Je suis la nourriture des forts; crois, et tu me mangeras. Et je ne passerai pas dans ta substance, (423) comme les aliments de ta chair; c'est toi qui passeras dans la mienne. "
(83) Et j'appris alors que vous éprouviez l'homme à cause de son iniquité, et qu'ainsi " vous aviez " fait sécher mon âme comme l'araignée ( Ps. XXXVIII, 12). " Et je disais : N'est-ce donc rien que la vérité, parce qu'elle ne s'étend, à mes yeux, ni dans l'espace fini, ni dans l'infini? Et vous m'avez crié de loin : Erreur, je suis celui qui est ( Exod. III, 14)! Et j'ai entendu, comme on entend dans le coeur, Et je n'avais plus aucun sujet de douter. Et j 'eusse douté plutôt de ma vie que de l'existence de la vérité, " où atteint le regard de l'intelligence à travers les créatures visibles (Rom. I, 20). "

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13/ LIVRE HUITIEME - CHAPITRE XII : " PRENDS, LIS! PRENDS, LIS! "

(106) 28. Quand, du fond le plus intérieur, nia pensée eut retiré et amassé toute ma misère devant les yeux de mon coeur, il s'y éleva un affreux orage, chargé d'une pluie de larmes.
(107) Et pour les répandre avec tous mes soupirs, je me levai, je m'éloignai d'Alypius. La solitude allait me donner la liberté de mes pleurs. Et je me retirai assez loin pour n'être pas importuné, même d'une si chère présence.
(108) Tel était mon état, et il s'en aperçut, car je ne sais quelle parole m'était échappée où vibrait un son de voix gros de larmes. Et je m'étais levé. Il demeura à la place où nous nous étions assis, dans une profonde stupeur. Et moi j'allai m'étendre, je ne sais comment, sous un figuier, et je lâchai les rênes à mes larmes, et les sources de mes yeux ruisselèrent, comme le sang d'un sacrifice agréable. Et je vous parlai, non pas en ces termes, mais en ce sens: " Eh! jusques à quand, Seigneur ( Ps. VI, 4)? jusques à quand, Seigneur, serez-vous irrité? Ne gardez pas souvenir de mes iniquités passées (Ps. LXXXIII, 5, 8). " Car je sentais qu'elles me retenaient encore. Et je m'écriais en sanglots : Jusques à quand? jusques à quand? Demain ?... demain?... Pourquoi pas à l'instant; pourquoi pas sur l'heure en finir avec ma honte?
(109) 29. Je disais et je pleurais dans toute l'amertume d'un coeur brisé. Et tout à coup j'entends sortir d'une maison voisine comme une voix d'enfant ou de jeune fille qui chantait et répétait souvent: " PRENDS, LIS! PRENDS, LIS! " Et aussitôt, changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rappeler si c'était un refrain en usage dans quelque jeu d'enfant; et rien de tel ne me revint à la mémoire. Je réprimai l'essor de mes larmes, et je me levai, et ne vis plus là qu'un ordre divin d'ouvrir le livre de l'Apôtre, et de lire le premier chapitre venu. Je savais qu'Antoine, survenant, un jour, à la lecture de l'Evangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces paroles: " Va, vends -ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; viens, suis-moi ( Matth. XIX, 21); "et qu'un tel oracle l'avait aussitôt converti à vous.
(110) Je revins vite à la place où Alypius était assis; car, en me levant, j'y avais laissé le livre de l'Apôtre. Je le pris, l'ouvris, et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes (111) yeux: " Ne vivez pas dans les festins, dans les débauches, ni dans les voluptés impudiques, ni en conteste, ni en jalousie; mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez pas à flatter votre chair dans ses désirs. " Je ne voulus pas, je n'eus pas besoin d'en lire davantage. Ces ligues à peine achevées; il se répandit dans mon coeur comme une lumière de sécurité qui dissipa les ténèbres de mon incertitude.

386 : Retraite à Cassiciacum (IX, 4, 7).
387 : Baptême d’Augustin, d’Adéodat et d’Alypius, 24-25 avril (IX, 6, 14).
Retour vers l’Afrique, mort de Monique à Ostie (IX, 11, 28)


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14/ LIVRE NEUVIEME -CHAPITRE IV : SON ENTHOUSIASME A LA LECTURE DES PSAUMES.

(32) 7. Enfin le jour arriva où j'allais être de fait libre de ma profession, comme déjà je l'étais en esprit. Et je fus libre. Et le Seigneur affranchit ma langue comme il avait affranchi mon coeur. Et je vous bénissais avec joie en allant à cette villa avec tout ce qui m'était cher. Comment j'y employai des études déjà consacrées à votre service, mais qui, dans cette halte soudaine, soufflaient encore la superbe de l'école, c'est ce que témoignent les livres de mes conférences dans l'intimité (Voy. Rétract. Ch. I, II, III, IV), et de mes entretiens solitaires en votre présence, et les lettres que j'écrivais à Nebridius absent. Mais le temps suffirait-il à rappeler toutes les grâces dont vous nous avez alors comblés? Et puis il me tarde de passer à des objets plus importante.
(33) Ma mémoire me rappelle à vous, Seigneur, et il m'est doux de vous confesser par quels aiguillons intérieurs vous m'avez dompté, comment vous m'avez aplani en abaissant les montagnes et les collines de mes pensées, comment vous avez redressé mes voies obliques et adouci mes aspérités, et comment vous avez soumis Alypius, le frère de mon coeur, au nom de votre Fils unique, Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, dont son dédain repoussait le nom de nos écrits. Il aimait mieux y respirer l'odeur des cèdres de la philosophie, déjà brisés en moi par le Seigneur, que l'humble végétation de l'Eglise, ces herbes salutaires, mortelles aux serpents.

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15/ CHAPITRE VI : IL REÇOIT LE BAPTÊME AVEC ALYPIUS SON AMI, ET ADÉODATUS SON FILS.

(54) 14. Le temps étant venu de m'enrôler sous vos enseignes, nous revînmes de la campagne à Milan. Alypius voulut renaître en vous avec moi; il avait déjà revêtu l'humilité nécessaire à la communion de vos sacrements; intrépide dompteur de son corps, jusqu'à fouler pieds nus ce sol couvert de glaces; prodige d'austérité. Nous nous associâmes l'enfant Adéodatus, ce fils charnel de mon péché, nature que vous aviez comblée. A peine âgé de quinze ans, il surpassait en génie des hommes avancés dans la vie et dans la science.
(55) Ce sont vos dons que je publie, Seigneur mon Dieu, Créateur de toutes choses. et puissant Réformateur de nos difformités. Car il n'y avait en cet enfant de moi que le péché; et s'il était élevé dans votre crainte, c'est vous qui me l'aviez inspiré, nul autre. Oui, ce sont vos dons que je publie. Il est un livre écrit par moi, intitulé Le Maître; mon interlocuteur, c'est cet enfant; et les réponses faites sous son nom sont, vous le savez, mon Dieu, ses pensées de seize ans. Il s'est révélé à moi par des signes plus admirables encore. Ce génie-là m'effrayait. Et quel autre que vous pourrait accomplir de tels chefs-d'oeuvre?
(56) Vous avez bientôt, de cette terre, fait disparaître sa vie; et je me souviens de lui avec sécurité; son enfance, sa première jeunesse, rien de cet être ne me laissant à craindre pour lui. Nous nous l'associâmes comme un frère dans votre grâce, à élever sous vos yeux; et nous reçûmes le baptême, et le remords inquiet de notre vie passée prit congé de nous. Et je ne me rassasiais pas en ces premiers jours de la contemplation si douce des profondeurs de votre conseil pour le salut du genre humain. A ces hymnes, à ces cantiques célestes, quel torrent de pleurs faisaient jaillir de mon âme violemment remuée les suaves accents de votre Eglise! Ils coulaient dans mon oreille, et versaient votre vérité dans mon coeur; ils soulevaient en moi les plus vifs élans d'amour; et mes larmes roulaient, larmes délicieuses!

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16/ CHAPITRE XI : DERNIÈRES PAROLES DE SAINTE MONIQUE.
(102) 28. Alors, méditant sur vos dons, ô Dieu invisible, ces dons que vous semez dans le coeur de vos fidèles pour en récolter d'admirables moissons, je me réjouissais et vous rendais grâces au souvenir de cette vive préoccupation qui l'avait toujours inquiétée de sa sépulture, dont elle avait fixé et préparé la place auprès du corps de son mari; parce qu'ayant vécu dans une étroite union, elle voulait encore, ô insuffisance de l'esprit humain pour les choses (448) divines! ajouter à ce bonheur, et qu'il fût dit par les hommes qu'après un voyage d'outremer, une même terre couvrait la terre de leurs corps réunis dans la mort même. (103) Quand donc ce vide de son coeur avait-il commencé d'être comblé par la plénitude de votre grâce? Je l'ignorais, et cette révélation qu'elle venait de faire ainsi me pénétrait d'admiration et de joie. Mais déjà, dans mon entretien à la fenêtre, ces paroles: " Que fais-je ici? " témoignaient assez qu'elle ne tenait plus à mourir dans sa patrie. J'appris encore depuis, qu'à Ostie même, un jour, en mon absence, elle avait parlé avec une confiance toute maternelle à plusieurs de mes amis du mépris de cette vie et du bonheur de la mort. Admirant la vertu que vous aviez donnée à une femme, ils lui demandaient si elle ne redouterait pas de laisser son corps si loin de son pays: "Rien n'est loin de Dieu, répondit-elle; et il n'est pas à craindre qu'à la fin des siècles, il ne reconnaisse pas la place où il doit me ressusciter. " Ce fut ainsi que, le neuvième jour de sa maladie, dans la cinquante-sixième année de sa vie, et la trente-troisième de mon âge, cette âme pieuse et sainte vit tomber les chaînes corporelles.

388 : Visite de monastères romains. Il s’établit à Thagaste dans la maison de ses parents, pour une vie de moine.
Evêque d’Hippone
391 : Appel au sacerdoce à Hippone en janvier. Il fonde le monastère du jardin.
395 : Evêque coadjuteur de Valerius qui meurt en 396.
396 : Augustin évêque titulaire d’Hippone.
399 : Fermeture des temples païens. Il rédige : La Première catéchèse.
400 : Entre 397 et 400, il rédige Les Confessions.
410 : Chute de Rome le 24 août.
411 : Augustin à Carthage pour la Conférence avec les donatistes.
413 : Début de la rédaction de la Cité de Dieu. Lutte contre Pélage
426 : Heraclius est désigné pour succéder à Augustin. Rédaction des Révisions.
429 : Les Vandales en Afrique. Débats sur la grâce en Provence.
430 : Les Vandales devant Hippone. Mort d’Augustin le 28 août.



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17/ " VITA" DE POSSIDIUS - THAGASTE

"Il avait rejeté loin de lui tous les soucis du monde et servait Dieu, avec ses compagnons et les bonnes oeuvres, contemplant jour et nuit la loi du Seigneur. Ce que Dieu lui révélait dans l'étude et la prière, il le transmettait par la parole et par l'écrit".

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