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Discerner sa vocation

vocations

 

 

 

L’APPEL A UNE VOCATION SPECIFIQUE,  DES CONDITIONS POUR UNE REPONSE

par Mgr Le Saux, évêque du Mans

1 décembre 2009

L’appel à une vocation spécifique, des conditions pour une réponse. Voilà le thème que l’on m’a invité à traiter ce matin. Je n’ai pas la prétention de tout dire sur le sujet. Je vous livre quelques réflexions, qui pourront peut-être réveiller en nous des points de vigilance.

I Le dialogue de la vocation

            Trois aspects sont à prendre en compte, me semble t-il, dans ce que le Pape Jean-Paul II appelle dans Pastores dabo vobis « le dialogue de la vocation. » : « L’histoire de toute vocation sacerdotale, comme d’ailleurs de toute vocation chrétienne, est l’histoire d’un ineffable dialogue entre Dieu et l’homme, entre l’Amour de Dieu qui appelle et la liberté de l’homme qui, dans l’amour, répond à Dieu. »

1)    1) Le premier aspect : Dieu est libre

Ne pas oublier que c’est Dieu qui appelle. L’initiative vient de Dieu. L’évangéliste Marc nous dit à propos de l’appel des douze : « Jésus gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait. »

Croyons-nous que Dieu lui-même peut intervenir dans la vie d’une personne pour lui proposer une vocation particulière, selon des critères qui nous sont parfois inconnus, mais qui sont toujours une miséricorde à l’égard de celui qui est appelé ?

Cet aspect est primordial et décisif. C’est l’intervention libre et gratuite de Dieu qui appelle. Il a l’initiative. On le voit à diverses reprises dans l’Ancien  Testament. Je pense au prophète Jérémie : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi. » On le voit chez Saint Paul, également dans l’Evangile de St Jean : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit »

L’initiative libre de Dieu a plusieurs conséquences. La vocation ne peut nullement être faite par des prétentions humaines. Elle ne peut être remplacée par aucune décision humaine. La vocation est un don de la grâce divine et jamais un droit de l’homme. La vie sacerdotale ou consacrée ne peut jamais être considérée comme une promotion, ni comme un simple projet personnel. Et les candidats à une vocation spécifique doivent comprendre à un moment que la solidité de leur appel ne repose par sur leurs propres forces, mais sur la fidélité inconditionnée de Dieu qui appelle.

Cela a aussi comme conséquence pour ceux qui accompagnent les vocations, pour les formateurs, ou ceux qui travaillent à la pastorale des jeunes, qu’il ne s’agit pas d’une sélection d’un personnel à la manière d’un responsable des ressources humaines d’une entreprise qui aurait des critères de recrutement. Il faudrait que le futur prêtre ou la future religieuse ait telle et telle qualité. Il faudrait que ce soit un homme intelligent, bon, capable d’animer des groupes de jeunes, d’écouter des groupes d’adultes. Qu’il prêche bien, qu’il chante juste… Nous devons nous rendre attentif au choix de Dieu. Dieu peut appeler des personnes que nous n’aurions pas choisies nous-mêmes de manière immédiate. Ce n’est pas nécessairement ceux auxquels nous penserions dans une communauté qu’il faut interpeler.

Nous avons à essayer d’écouter et de servir les desseins de Dieu. Interpeler ceux que Dieu choisit. Etre suffisamment détaché de nos propres projets pour repérer et solliciter ceux que Dieu a choisi.

Cela a aussi une conséquence pour les jeunes qui s’interrogent sur l’éventuelle vocation ou pour les séminaristes. Il leur faut entrer dans une désappropriation de leurs idées ou perspectives sur leur vocation éventuelle pour se recevoir de la miséricorde de Dieu. Ils ne doivent pas se masquer leurs propres fragilités, ne pas les survaloriser non plus. Ils doivent se laisser conduire à une vraie remise d’eux-mêmes au Seigneur miséricordieux. Il ne s’agit pas d’être le prêtre ou la consacrée que l’on rêve d’être. Tout jeune qui envisage la question d’une vocation a une idée sur ce qu’est un bon prêtre ou une bonne religieuse. En réalité, il se trompe. A un moment, il faut comme accepter que Dieu lui-même sache mieux que nous ce qu’est un bon prêtre, et quel type de prêtre il faut pour l’Eglise.

C’est exigent parce qu’il faut comme renoncer à ses propres projets ; mais c’est aussi très apaisant puisque c’est Dieu qui appelle et Dieu est fidèle.

2)   Le second aspect : l’homme est libre

A l’appel de Dieu, il faut une réponse libre. « Il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui. ». « Ils vinrent à lui » exprime la réponse libre des douze à l’appel du Maître.

« Si on ne peut contester l’initiative absolument gratuite de Dieu qui appelle, on ne peut davantage contester l’extrême sérieux avec lequel la liberté de l’homme est mise au défi de répondre. »

La liberté est essentielle à la vocation. Une liberté qui, dans une réponse positive, prend le sens d’une adhésion profonde et personnelle, comme donation d’amour. L’appel est proportionné à la réponse, il ne peut y avoir de vocation que libre, c'est-à-dire offerte spontanément, consentie, généreuse. Dans toute vocation, brillent ensemble l’amour gratuit de Dieu et l’exaltation la plus haute possible de la liberté humaine, celle de l’adhésion à l’appel de Dieu et de la confiance en lui.

En conséquence, les services des vocations, mais aussi les formateurs de séminaires, ont pour premier rôle de former à la liberté, d’aider, de vérifier si la personne grandit dans la liberté. Leur rôle n’est pas de dire que Dieu appelle au sacerdoce ou à la vie consacrée. C’est le candidat qui discerne lui-même. Tous ceux qui participent à son cheminement et à sa formation ont pour rôle de constituer autour de lui comme une école de la liberté, pour apprendre à recevoir de Dieu la liberté.

Le Pape Benoît XVI, dans une homélie sur l’Immaculée Conception en 2006, souligne combien l’amour n’est pas une dépendance mais un don libre de Dieu à recevoir librement. De même, l’appel est un don libre de Dieu à recevoir librement.

3)   Le troisième aspect : un dialogue ineffable

La vocation est le fruit « d’un libre dialogue d’amour qui naît de la communication de Dieu à l’homme et s’achève, pour l’homme, dans le don sincère de lui-même. »

L’appel à une vocation spécifique se reçoit dans la rencontre de deux libertés, celle de Dieu et celle de l’homme, qui se nouent dans un profond dialogue.

Les conditions pour une réponse supposent donc que nous travaillions à permettre ce dialogue entre le jeune et le Christ, donc de créer tous les espaces possibles de cette rencontre personnelle et profonde : apprentissage du silence et de l’intériorité, de la prière véritable, de la lecture de la Parolede Dieu. N’ayons pas peur de proposer aux jeunes que nous côtoyons d’entrer dans cette démarche.

Ce dialogue suppose aussi la durée. Il ne s’agit pas d’une simple retraite, mais d’une vie. Ce qui implique la mise en place d’une vie chrétienne régulière, c'est-à-dire prière et vie sacramentelle régulières.

En réalité, il nous faut proposer à tous de suivre le Christ. Une vocation naît dans le déploiement de la grâce baptismale, donc de l’appel à la sainteté. L’objectif n’est pas en premier lieu d’être prêtre ou religieux. Mais, il s’agit de tendre à la perfection de la charité. Au cœur de cette dynamique, il me paraît aussi primordial que les jeunes expérimentent leurs limites, leur  pauvreté pour entrer dans la miséricorde. Répondre à l’appel à la sainteté n’est pas l’exercice d’un volontarisme, mais une livraison de soi, humble et en vérité à la bonté de Dieu.

II Conditions pour une réponse

Maintenant, je veux évoquer quelques conditions qui me semblent nécessaires pour permettre une réponse à un éventuel appel de Dieu.

1)   Un élan de sainteté

Ce sont les baptisés qui engendrent les vocations spécifiques de prêtres ou à la vie consacrée. Souvent, on parle de crise des vocations, comme si Dieu n’appelait plus, comme si le cœur de l’homme était moins généreux. Je pense en réalité, qu’il y a une crise de la vie baptismale.

Etre chrétien, c’est fonder sa vie dans le Christ, c’est accueillir la vie du Christ et se laisser transformer. C’est accueillir la miséricorde, le salut et se mettre à la suite du Christ. (Je pense à Bartimée qui après sa guérison, se met à suivre Jésus sur le chemin

Comment susciter un élan de sainteté, au sens de l’appel universel à la sainteté du concile Vatican II chez tous les baptisés ? Les vocations spécifiques ne peuvent éclore que dans une communauté chrétienne traversée par un véritable élan de sainteté. J’ai entendu récemment une prédication où l’intervenant disait : « les moines et les prêtres ont une exigence plus radicale de sainteté. Eux, doivent vivre les conseils évangéliques, pas vous. » Vous le savez, tout baptisé est invité à vivre les conseils évangéliques selon des modalités propres à chaque état. Et, c’est parce que tous tendent à le vivre, que certains par appel particulier de Dieu peuvent le vivre dans des modalités spécifiques. Si les chrétiens vivent comme des païens, il n’y aura plus de vocations.

En ce sens, je pense que les services des vocations ne servent à rien. Un service des vocations n’a jamais produit des vocations. Le service des vocations est la communauté chrétienne dans son ensemble. S’il y a un service des vocations, c’est pour accueillir, accompagner ceux qui discernent un appel particulier. Je m’interroge quand je vois des communautés chrétiennes dites vivantes et dynamiques où il n’y a pas de vocation particulière depuis 30 ou 40 ans. C’est parce que l’ensemble des baptisés s’attache radicalement au Christ que ceux qui ont un appel plus radical peuvent répondre.

2)   Parler simplement et clairement des vocations particulières

Nous n’avons pas de crainte à parler clairement de l’appel de Dieu, à le suivre comme prêtre ou comme consacrée. Parfois, nous avons été timides sur le sujet, par peur de porter atteinte à la liberté des jeunes, ou même par manque d’estime pour les vocations, ou pour toute autre raison. Je me permets quelques réflexions sur le sujet.

a)    La beauté du prêtre et de la vie consacrée

Il est nécessaire de parler de la beauté propre de la vocation du prêtre ou de la consacrée. Je vous cite les propos de Benoît XVI à Lourdes en 2008 : « A l’école du curé d’Ars, fils de votre terre et patron de tous les curés du monde, ne cessez pas de redire qu’un homme ne peut rien faire de plus grand que de donner aux fidèles le corps et le sang du Christ, et de pardonner les péchés. »

Il me paraît nécessaire d’avoir un propos clair sur ce qu’est le prêtre et la vie consacrée dans sa grandeur.

Etre prêtre, ce n’est pas mieux qu’être baptisé. Mais, il y a une différence : le prêtre a un rôle unique et particulier au service du peuple de Dieu. Comme le dit le Concile, il y a entre les deux sacerdoces une différence non seulement de degré, mais de nature. Même s’il est clair que l’un est au service de l’autre.

Cela est aussi vrai de la vie consacrée. Ce n’est pas mieux d’être religieuse ou religieux. Mais le texteVita consecrata de Jean Paul II rappelle qu’il y a une excellence objective à suivre le Christ de cette manière.

Il nous faut manifester, dans nos discours et dans nos façons d’être, la beauté et la différence de la vocation spécifique. Si tout est pareil, celui qui est appelé ne peut identifier son appel, ni y répondre. C’est souvent parce que quelqu’un découvre la grandeur, la miséricorde particulière de Dieu donnée à telle vocation, qu’il peut y reconnaître un appel.

b)   Appeler clairement aux vocations

Il nous faut dire que Dieu appelle, que l’Eglise a besoin de prêtres, de missionnaires qui consacrent leur vie entière.  On a besoin de vous. Il y a tant de gens dont personne n’a besoin. Dieu a voulu avoir besoin de nous. Les garçons en particulier disent : « je veux bien donner ma vie à condition que cela serve à quelque chose. » Je pense en particulier aux jeunes. Il est normal que la question de la vocation particulière se pose, et soit posée. C’est l’âge des choix. Ce n’est pas parce que la question est posée que la réponse est « oui ». Mais, il est normal que les moyens soient donnés pour que la question soit traitée.

c)    Une visibilité du prêtre et de la vie consacrée, en particulier auprès des jeunes

Ce que j’entends par visibilité n’est pas d’abord une question de vêtement. Mais, il me semble que les jeunes voient plus qu’ils n’entendent. Je pense qu’il faut des lieux de visibilité de la vie consacrée, des surfaces de contact. Comment vit un prêtre au quotidien, ou la sœur ? Souvent, la relation se réduit à des interventions ponctuelles. On voit le prêtre à la messe, prêcher, animer une soirée, mais, le voit-on vivre ? Le voir prier, se détendre, vivre avec Dieu : cela rend la vocation « viable ». Je peux vivre de cette manière, c’est une manière heureuse de vivre.

Quelqu’un appelé par Dieu ne peut répondre que s’il voit que c’est possible au quotidien de vivre ainsi. Ce qui a une conséquence sur la façon de vivre des prêtres et des consacrées : il est exigent parfois de vivre sous le regard des jeunes.

Cela a aussi une incidence sur la priorité que nous nous donnons : la gratuité de la relation est-elle prioritaire ?

3)   L’accompagnement ou le souci des personnes

Le bon berger connaît ses brebis et les appelle chacune par son nom. La charité pastorale, être missionnaire, être chargé de la pastorale des jeunes ou des moins jeunes, en réalité, c’est ce souci du bien des personnes, une par une. Parfois, nous nous préoccupons plus d’animation d’ensemble, d’organisation alors que nos vrais responsabilités sont dans l’attention à chacun pour le conduire au Christ. Donc, il nous faut être disponible à l’accompagnement des personnes ou plus simplement à leur suivi, et nous soucier de leur attachement personnel au Christ, avant de se préoccuper de la manière dont elles vont servir ou s’engager. Cela est vrai particulièrement des jeunes (sans tomber dans des directions spirituelles formalisées, qui sont parfois prématurées)

Je dois ma propre réponse à l’appel de Dieu à une famille qui s’est rendu disponible à me recevoir, à me contacter gratuitement : j’avais 17 ans. Il ne s’agit pas seulement de se soucier s’il veut être prêtre ou pas, mais de s’intéresser à son travail, à son sommeil… Dans ce souci de l’accompagnement, il en faut pas craindre de proposer aux jeunes qui le veulent la pratique régulière du sacrement de la réconciliation.

4)   Encourager et créer des liens éducatifs et d’apprentissage de la responsabilité

Nous l’avons dit, c’est un homme ou une femme libre qui répond à un appel libre de Dieu. Tout ce qui va dans le sens de la structuration humaine des jeunes est un moyen pour donner la condition d’une réponse. Je pense en particulier à la formation à la responsabilité, à la durée, à l’affectivité, qu’est-ce qu’aimer ? Il nous faut nous adapter aux blessures de notre époque et sans doute réinventer l’art d’éduquer.

Tous les mouvements de type éducatif sont à encourager. Mais, vous mesurez aussi l’enjeu autour de l’enseignement catholique.

Conclusion

En guise de conclusion, je ferai deux considérations.

Un jeune ne peut envisager de se donner au service de l’Evangile qu’avec d’autres. La question de beaucoup est la suivante : « serais-je seul ? Dans dix ans… » Il s’agit bien sûr d’être avec d’autres prêtres ou consacrées dans le même service missionnaire, c’est le besoin d’appartenir à un corps. Mais plus profondément, il s’agit d’être entouré de chrétiens qui vivent de la même radicalité. Ce n’est pas d’abord pour faire des choses. Le besoin n’est pas en priorité d’avoir des laïcs autour de soi pour aider à faire. Mais, c’est pour être entouré d’une communauté qui s’attache radicalement au Christ pour que le prêtre le soit aussi, pour qu’il soit gardé dans le désir de sainteté d’où découle l’élan missionnaire.

Les vocations naissent de l’élan missionnaire. Un appel de Dieu est toujours un appel à la mission, à l’annonce du Salut. « Allez dans le monde entier, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »  La dynamique missionnaire de nos communautés est la condition de l’émergence des vocations. Cela n’intéresse personne, en particulier les jeunes, de passer sa vie à gérer les problèmes internes. On ne donne pas sa vie pour gérer les conflits de personnes, les questions de « boutiques », mais pour l’annonce de la Bonne Nouvelle, pour l’annonce du Salut en Jésus, qui a bouleversé notre vie.

La dynamique missionnaire  et évangélisatrice est la condition de l’émergence de vocations spécifiques. « La mission est abondante. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. » C’est bien le service de la moisson qui est la raison d’être de l’Eglise.