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Mère Yvonne Aimée de Jésus - Présentation générale

Elle naît en 1901 à Cossé en Champagne dans la Mayenne.
Entrée en 1927 au Monastère des Augustines de Malestroit, elle lance en 1928 le projet d'une clinique moderne qui ouvrira ses portes dès 1929. Elle devient maîtresse des novices puis est élue supérieure du monastère dès 1935
Elle est décorée par le Général de Gaulle en 1945 pour avoir caché et soigné à la clinique soldats et résistants durant la guerre 39-45.
En 1946, elle fonde la Fédération des Monastères d'Augustines et est élue première Supérieure Générale.
Le 3 Février 1951, elle meurt à Malestroit. Elle a 49 ans.

"La vie la chargea de fardeaux croissants, pour alléger ceux des autres. Au pire des épreuves, elle resta encourageante, tonique, stimulante, toujours et pour tous, simplement et sans grandes phrases.
Tout cela témoigne d'un amour extraordinaire, et extraordinairement efficace."

P. René Laurentin

                                                                        "O Jésus Roi d'Amour, 
                                                            j
'ai confiance en ta Miséricorde Bonté."

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4 années de guerre à la Clinique des Augustines (1940-1944)


C’est précisément le 6 juin 1940 (4 ans jour pour jour avant le débarquement) qu’arrivent les premiers blessés à la Clinique de Malestroit : « 20 soldats de la drôle de guerre, « repliés » du Nord, « harassés, fourbus, n’en pouvant plus, mais avec un moral magnifique.Pour leur faire de la place, nous évacuons nos malades civils, tous ceux qui sont transportables » écrit Mère Marie Anne.

Trois jours plus tard, le 9 juin, ce sont 9 officiers « tous sur des brancards, partis de Lisieux le matin à 4 h. » Le lieutenant Roland Breton, lui-même « blessé vers Abbeville, opéré à Beauvais, puis transféré à Lisieux, où se forma par hasard le groupe d’une dizaine d’officiers transféré àMalestroit par train sanitaire puis camionnettes », rédige ses souvenirs 30 ans plus tard (en 1975) : [10 juin] « Réveil. Petit déjeuner : café au lait, pain, beurre, digne d’un 3 étoiles. […] Pansement : Le toubib a commencé par moi. Douceur des mains, et, oh, surprise, des compresses qui ne collent pas. »

Mère Yvonne Aimée constate : «Beaucoup de travail à la clinique. Les blessés arrivent. Nous en avons une quarantaine. […] Près de 2000 réfugiés [du Nord] à Malestroit. C’est un défilé quelquefois ininterrompu au parloir, et des demandes de secours, de travail,etc. Comme c’est triste ! »
Parmi ces soldats français arrivés à la clinique en 1940, presque tous écriront par la suite pour exprimer leur reconnaissance. Deux sont restés en contact suivi avec Malestroit :

- Le capitaine Jean-François Perrette (42 ans), qui gardera d’étroites relations avec Mère Yvonne Aimée et lui rendra de grands services à Paris à la fin de la guerre.


- Le lieutenant Michel Thiéry (25 ans), entretiendra également une fidèle amitié avec la clinique et la communauté. Il a rédigé ses souvenirs dans: Le clin d’œil de la bonne Sœur, pro manuscripto, 1985.


Le 13 août 1940, à l’arrivée des Allemands à Malestroit, tous ces blessés sont faits prisonniers. Mère Yvonne Aimée leur dit au moment de partir : - Si vous vous évadez, revenez ici ! C’est ce qui arrive. Grâce à des complicités, trois d’entre eux réussiront à s’évader, et se retrouvent par hasard dans le même car Vannes-Malestroit le 4 septembre. « 3 types-qui-ne-se-connaissent-pas » arrivent donc à la clinique…et sont accueillis (dans la discrétion) par leurs infirmières hospitalières et  le docteur Quéinnec, avec qui ils peuvent sabler le champagne, « du vrai champagne !! ». Mère Yvonne Aimée leur dit alors : « Nous allons vous cacher ici en attendant que je vous trouve des faux papiers. » Ils seront aidés à franchir la ligne de démarcation, pourqu’ils puissent encore servir la France.


En plus des militaires, la clinique héberge des civils, entre autres :

- Une jeune femme juive enceinte, jusqu’à la naissance de son enfant : il faudra changer son nom deux fois.

- Une religieuse anglaise, supérieure générale de sa congrégation, qui s’est trouvée bloquée en France.

La guerre s’installe avec les restrictions et les privations. Nous relevons dans le courrier : Octobre 1940. « Il est angoissant d'avoir tant de personnes à ravitailler. Nous sommes 100 Religieuses, la Clinique qui se remplit à nouveau, le personnel, cela fait 250 personnes environ en ce moment. C'est très difficile pour nos malades, surtout pour le savon. Pour le charbon, nous avons reçu 21 tonnes mais il nous faut 200 tonnes généralement. » Octobre 1941. «Toujours pas de charbon pour cet hiver – plus une goutte d'essence pour l'ambulance – et pas de téléphone. La viande se fait rare maintenant – À la Clinique nous avons pu en servir 4 fois la semaine dernière – 3 fois à la Communauté – mais cette semaine, elle est inexistante, pour nous tout au moins.» Mars 1942. « À partir d'aujourd'hui, chacun a sa ration de pain pour la journée, même nos malades, qui chaque matin ont leur ration coupée. Les veillées sont pénibles à certaines sœurs qui ont grand faim la nuit, mais on offre tout cela avec joie ! »


À partir de 1943, ce sont des parachutistes et résistants qui sont accueillis à la clinique. Entre autres :

- 12-16 mars 1943 : Robert Kylius, aviateur américain, amené par Madame Lapierre, qui après son séjour à la clinique, rejoindra l’Angleterre par l’Espagne.

- Février-mars 1944 : Le Général Louis Alexandre Audibert, chef de laRésistance de l’Ouest, sous le nom de Monsieur Chevalier, transformé à la mi-mars en Monsieur Le Bihan. Arrêté le 18 mars 1944, il est déporté à Buchenwald, d’où il revient en avril 1945. C’est lui qui décorera la clinique de la Croix de Guerre le 5 août 1949.


- Dans la période du 16avril  au 7 juin 1944 :

Quatre F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur= Résistants) :

- Jean Grignon : jambe traversée d’une balle (16-21 avril)

- Robert Toquay : balles dans la région iliaque (2-27 mai)

- Isidore Briend : balles dans le bassin (9-17 mai)

- Louis Houeix : blessé à l’humérus et à l’avant-bras (7 juin)


Quatre parachutistes (2e régiment, 4e bataillon, 3e compagnie) :

- Maurice Trouvé : fracture ouverte à la jambe droite (13-26 juin) ; parti avec Pierre Rio dans le double fond d’une charrette de fumier.

- Charles Schweitzer : blessé au menton (13-28 juin) ; alsacien désigné sous le nom de Charles Dumont, emmené par Joseph Guillemot dans son gazogène, au prix de risques énormes.

- Victor Mahé : plaies par balles (15-28 juin) ; emmené par la Gestapo, fusillé à Penthièvre.

- Arsène Julliard : plaies par balles (15-26 juin) ; emmené par la Gestapo.


À la suite du Débarquement, les premiers chasseurs parachutistes arrivent au Camp de la Nouëtte (Saint Marcel) dans la soirée du 7 Juin 1944. Leurs blessés nous furent amenés dès le 13 Juin 1944. Pendant le combat de Saint Marcel, nous avons soigné également tous les blessés Allemands de la bataille.


Le 23 Juin 1944, la Gestapo fait une perquisition à la Clinique vers midi. « Nous hébergions dix [blessés] en situation irrégulière, sans papiers d'identité et sous de faux noms. C'est vous dire l'angoisse que nous éprouvions », note le Dr Jean Quéinnec.                                             

Rappelons aussi les deux jeunes parachutistes du 2e régiment, 4e bataillon, 1e compagnie qui prirent l’habit religieux à Malestroit : Roger Berthelot (21 ans) : plaies par balles à la jambe gauche (sorti le 24 juin après la perquisition) et Philippe Reinhart (19ans) : fracture de l’avant-bras (sorti également le 24 juin) : Introduits à l’intérieur du monastère et habillés en religieuses augustines, « Sœur Roger » et « Sœur Philippe » sont placés à la tribune de la chapelle, et enfin dans la chambre du prédicateur, séparée des Allemands par un simple mur de parpaings. (Le bâtiment Sainte Thérèse étant en effet réquisitionné et transformé en Kommandantur par l’occupant). Monsieur Foucault, avec son petit-fils, est venu les chercher pour les conduire avec Maurice Trouvé dans les bois, où le docteur Quéinnec allait les visiter et les soigner. Aussi, pourra-t-il dire en 1945 : «Pendant six semaines, nous vécûmes dans une terreur constante. » L’odyssée de Roger et Philippe a été mise en film dès le mois de mars 1945 dans Bataillon du Ciel.

Le 12 juin 1944, c’est le bombardement de Ploërmel : la clinique reçoit 22 blessés, dont plusieurs très atteints. Le lendemain, en arriveront « plusieurs autres moins touchés ». Et le15 juin,  « nous avons reçu des Français mitraillés dans leur auto – le colonel Duval, parent à Sr M. de la Nativité, des Eaux et Forêts, et le colonel Philouze et le petit Alain Philouze mort presque en arrivant – des suites de ses blessures » (Mère Marie Anne).

Avec les blessés du front de la Vilaine qui ne céda qu’en mai 1945, ce sont près de 200 blessés (ou accidentés), parachutistes, résistants, fusiliers marins ou soldats du 4e bataillon Rangers, qui ont été soignés à la clinique.

Mère Yvonne Aimée résume un peuplus tard :

« Notre danger permanent a été la proximité du Camp deSaint Marcel qui groupait quelques milliers de maquisards et ces derniers temps de nombreux parachutistes français. Notre rôle d'hospitalière avait de quois'exercer. […] Nous ne pouvions soigner nos blessés français et alliés sans attirer sur nous les “foudres” allemandes. La Gestapo nous surveillait et nous eûmes à subir des perquisitions et bien des émotions. Nous avons dû pratiqueren grand la prestidigitation! […] L'État-major Allemand, qui résidait àMalestroit, était particulièrement excité par la défaite subie au Camp de SaintMarcel, à 2 kilomètres de Malestroit. Notre ville était à leurs yeux le centre de la Résistance, où se tenaient cachés les chefs Français. »

lien externe Video 3 Sr Marie Bernard - P. Reihnart
lien externe Video 2 Sr Marie Bernard - P. Reihnart
lien externe Vidéo 1 Sr Marie Bernard
lien externe Témoignage de Philippe Reihnart
lien externe Témoignage de Sr Marie Bernard

Les 110 ans de Mère Yvonne Aimée à Cossé en Champagne


La voie royale de la sainteté : faire la volonté du Père.

L’exemple d’Yvonne-Aimée

 

 

Conférence de Sr Nicole Legars

Prieure du Monastère des Augustines de Malestroit

 

En l’église de Cossé en Champagne le 16 juillet 2011

 

  

 

En ce 110ème anniversaire de la naissance d’Yvonne BEAUVAIS à COSSE EN CHAMPAGNE, je vous propose une réflexion-méditation sur un aspect fondamental de la vie d’Yvonne-Aimée, à savoir son oui aimant et inconditionnel à la volonté de Dieu.

 

« La volonté de Dieu, mais qu’est-ce que c’est au juste et comment la connaître ? » m’a demandé une mère de famille à qui je parlais de cette causerie en préparation.

 

Avant d’aborder la façon dont Yvonne Aimée l’a vécue, il est bon de situer les choses.

D’abord, qu’est-ce que Dieu veut pour nous, de nous? Puisqu’Il est Dieu, donc infiniment bon (Il est Amour nous dit St Jean),  Il veut notre bonheur, Il ne peut vouloir que cela pour chacun de nous, pour toutes ses créatures. Il veut pour nous un vrai bonheur, qui est de lui ressembler, de vivre avec Lui dès maintenant, et pour toujours après notre mort.

 

Comment y parvenir ? Un docteur de la Loi a posé la question à Jésus : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Dans la Loi qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? » Il lui répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même ». Jésus lui dit : « Fais cela et tu auras la vie ». (Luc10, 25-28)

 

Voilà donc la réponse à nos questions. La volonté de Dieu, c’est  que nous obéissions à son commandement : l’aimer, Lui, et aimer son prochain. Là réside notre bonheur, en ce monde et en l’autre. Mère Yvonne Aimée dit dans une conférence : « Tout ce que Dieu veut obtenir c’est à notre amour qu’il le demande, rien qu’à l’amour, à notre amour pour lui, le Seigneur ».

 

Adhérer à cette volonté de Dieu, jour après jour, heure après heure, est l’effet de la présence en nous de l’Esprit Saint. C’est pourquoi il nous faut prier afin de demeurer sous l’action et sous le regard de Dieu : ainsi nous maintiendrons notre volonté ajustée à celle du Père. Nous sommes ici dans la voie royale de la sainteté, bien éloignée de toute espèce d’illusion. C’est celle qu’a suivi Jésus : « Celui qui m’a envoyé est toujours avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît ». Jn 8,29. En faisant ce qui plaît à Dieu, nous sommes donc assurés nous aussi de n’être jamais seuls.

 

« Faire toujours ce qui plaît à Dieu, à la suite de Jésus, ce n’est pas nous engager sur une voie tendue ou scrupuleuse. Mais nos volontés, faussées par nos mauvais penchants, s’écartent parfois de la voie droite ; les redresser exige un véritable combat, un labeur : tout cela implique des souffrances ; extirper les passions ne se fait pas sans douleur. Yvonne  a lutté contre ses défauts.

La fidélité aimante à la volonté de Dieu jour après jour ne vise  pas à rétrécir le cœur dans le scrupule ou la servilité, qui sont des caricatures de la véritable obéissance. Peu à peu, le désir de faire plaisir à Dieu doit devenir le moteur de toute notre vie, comme le chante le Psaume 118 : « Tes commandements ont fait mes délices, je les ai beaucoup aimés. J’infléchis mon cœur pour faire tes volontés, récompense pour toujours. Je cours sur la voie de tes commandements, car tu as mis au large mon cœur ».

Cette spiritualité tonique, voie royale de la sainteté, est au fond de l’âme de Mère Yvonne Aimée. » Dom R. Legall osb

 

On a trop insisté naguère sur les aspects extraordinaires de sa vie, que nous ne pouvons pas imiter.

Or la sainteté est non seulement possible mais  demandée par Jésus à tous ceux qui l’écoutaient sur les routes de Palestine. Elle est en germe en nous depuis notre baptême car, tous, nous sommes créés par Dieu  à son image et ressemblance. Faire sa volonté, dans notre existence, sera rejeter ce qui est mauvais et développer ce qui est bon : envers Dieu, l’amour filial, l’adoration, la prière, l’obéissance ; envers les autres, la bonté, la droiture, la justice, le partage, le pardon des offenses.

Voilà la volonté de Dieu à notre égard. En la faisant, nous grandissons en liberté et en bonheur. C’est ce qu’ont fait les saints d’une façon exemplaire. C’est ce qu’a fait Yvonne Aimée, elle qui disait : « Vous seriez bientôt saintes si, en tout, vous ne vous proposiez que la Volonté de Dieu ». (cf Livre des conférences, p.195-198)

 

Née le 16 juillet 1901 à Cossé, baptisée le 18 dans cette église où nous nous trouvons, Yvonne Beauvais est très vite attirée par l’amour de Dieu. Le 30 décembre 1910, elle fait à Paris sa première communion ; elle écrit alors dans son carnet : « Jésus, je t’aime avec toutes mes forces, toute mon âme. Je t’appartiens totalement. Et j’ai senti qu’il me prenait tout entière ».

 

Le surlendemain, le 1er janvier 1911, à 9 ans et demi, elle écrit un pacte d’amour avec Jésus :

 

« O mon petit Jésus,

Je me donne à toi entièrement et pour toujours.

Je voudrai toujours ce que tu voudras.

Je ferai tout ce que tu me diras de faire.

Je ne vivrai que pour toi.

Je travaillerai en silence

Et, si tu veux, je souffrirai beaucoup, en silence.

Je te supplie de me faire devenir sainte,

une très grande sainte, une martyre.

Fais-moi être fidèle, toujours.

Je veux sauver beaucoup d’âmes

Et t’aimer plus que tout le monde,

Mais je veux aussi être toute petite,

Afin de te donner plus de gloire.

Je veux te posséder, mon petit Jésus, et te rayonner.

Je veux n’être qu’à toi,

Mais je veux surtout ta volonté.

Ta petite Yvonne ».

 

La pierre de touche de tous ces désirs, qui ressemblent fort à ceux de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, est la volonté d’accomplir parfaitement la volonté de Dieu. Tous ces « je veux » qui se lient à la volonté de Dieu sont impressionnants. Ils expriment un amour, un amour qui ne se paie pas de mots, un amour qui s’engage.

 

En août 1922, Yvonne, qui vient d’avoir 21 ans, reprend ce pacte  avec Jésus, en l’approfondissant :

« O mon Jésus, qui m’avez tout donné et en retour me demandez tout, prenez-moi, ne me laissez que la volonté de ne rien vouloir, si ce n’est Vous ! (…)

Mon Bien-Aimé, prenez ma volonté pour que je ne veuille plus jamais que ce que vous voulez, que, dans la joie comme dans la tristesse, dans la paix comme dans l’inquiétude, je vous reste soumise et aimante, continuant doucement mon labeur, assurée que je vous fais plaisir en restant ce que je suis et en souffrant ce que je souffre (…)

Prenez mon intelligence, mon Dieu, pour qu’elle vous cherche partout, qu’elle vous demande à toutes les créatures (…) et qu’elle se sente mal à l’aise là où vous n’êtes pas. (…)

Prenez mon corps, employez-le à ce que vous voudrez, prenez mes sens. Et puis quand ils seront usés à votre service, laissez-les dans l’oubli jusqu’au moment où, près de vous, au ciel, vous leur rendrez leur première vigueur ! 

Entrée au noviciat de Malestroit le 18 mars 1927, Yvonne revêt l’habit le 10 septembre de cette même année, mais le 28 novembre, elle tombe malade et son état s’aggrave tellement que Monseigneur PICAUD reçoit sa profession « à l’article de la mort » le 1er décembre.

« Jésus, viens vite ! » murmure Yvonne. Puis, après un silence :

« Comme tu voudras…Je ne veux rien choisir…je veux ce que tu veux…Je veux ta plus grande gloire…Ton amour sera mon ciel sur la terre ».

La Supérieure l’interroge.

« Je ne vais pas mourir, répond Yvonne, Jésus me laisse à vous ».

Son visage cyanosé reprend ses couleurs. Elle demande à s’alimenter. C’est l’heure de Vêpres. Tandis que la communauté se rassemble, elle s’habille et rejoint les soeurs  à la chapelle pour le Salut du Saint Sacrement. (Un amour extraordinaire, p.130) Elle confiera plus tard : « Ah ! si l’on savait le bonheur inouï qui nous attend Là-Haut ! » Elle y avait goûté.

 

Un des traits les plus caractéristiques de l’âme de Mère Yvonne Aimée est sa parfaite disponibilité. Un jour, Jésus lui demande : 

«  M’aimes-tu en actes, et non seulement en paroles ? Quelles sont les œuvres de ton amour ? »

Elle répond : 

« La connaissance de ma misère, de ma faiblesse et le oui perpétuel à toutes tes volontés, cela ne te prouve-t-il pas mon amour, Jésus ? Si je ne doute pas de moi, n’est-ce pas que je sais que ma force, c’est Toi et cela n’est-il pas de l’amour ? » (Ecrits spirituels p.112)

 

Non, il ne s’agit pas uniquement de paroles ou de sentiments. Yvonne a médité ces paroles de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », ce qui suppose qu’on aime les autres plus que soi-même, qu’on renonce à soi pour le bonheur des  autres, comme une mère le fait pour ses enfants. C’est ce que Jésus a fait pour nous.

 

Yvonne écrit dans son carnet le 26 août 1926 :

(…) «  Je sais que depuis que l’Amour a été cloué à la Croix, la Croix reste le critérium et la preuve de l’Amour.

Et c’est pourquoi, Jésus, mon Epoux bien-aimé, je ne te dirai jamais : Non (…) Je sais que la douleur me conduira au sommet où l’Amour transfiguré n’est plus qu’adoration, parce que le cœur n’est plus qu’hostie ». (…) Avec les souffrances, tu m’enverras la Force nécessaire. Tu me la dois, et j’y compte, alors, pourquoi craindrais-je ? »

 

Un autre texte de la même époque a une semblable tonalité et nous pouvons en faire notre profit dans le quotidien de nos journées :

« Il faut que, lorsque je ressens une inclination, un désir, même légitime, je commence par me recueillir pour m’en détacher, attendre avant d’agir, que l’ordre, la paix se fassent en moi, haussant ma volonté jusqu’à l’Amour souverain de son bon  plaisir.

Il faut qu’en toutes circonstances, agréable ou pénible, je rentre en moi- même pour me laisser ressaisir par Dieu, il faut que j’aie au fond de l’âme le désir efficace d’accomplir la volonté de mon très doux Seigneur Jésus et puis que je reste passive, calme, souple sous l’influence du Saint Esprit.

Si j’étais affermie dans la Charité, je n’aurais d’autre préoccupation que celle d’agir sous la direction divine, fermant les yeux à tout le reste pour ne les ouvrir qu’à ce que le bon plaisir de Dieu me demande. » (Ecrits p.117)

 

Et encore : « Je veux que mes joies viennent de Lui…Je désire trouver ma joie dans sa Volonté (…) Si cette volonté divine est que l’on reste dans la nudité de la foi, il faut l’embrasser bravement et lui dire avec ténacité : « Seigneur, je crois à ton Amour, et je suis sûre que l’état où je me trouve est le meilleur pour moi, je l’accepte de tout mon cœur, pour que ceux qui n’ont pas la foi la trouvent ».

Elle pratique elle-même ce qu’elle engage les autres à faire : vivre de la foi. Et  elle peut écrire en avril 1931 ces lignes décisives : « Te voir, Jésus, non pas avec mes yeux de chair, je ne Te demande plus cela sur la terre, mais en attendant cette vue là-haut, montre-Toi à moi dans mon devoir à accomplir minute par minute, instant par instant. Te voir par la foi, l’amour, la  fidélité. Ah, Seigneur, je veux Te voir, et ne rien voir que Toi » (Ecrits p.129)

 

Et dans une conférence à la Communauté

« Si j’aime Dieu j’aimerai tout ce qu’il veut, tout ce qu’il fait. (…)Quand la volonté s’est donnée, s’est livrée, on ne peut plus donner davantage, sinon son sang, sa vie. C’est par ce fait obliger Dieu à s’occuper de nous. Par le fait qu’on lui abandonne tout, qu’on remet tout entre ses mains, les clefs de la maison avec tout ce qu’elle contient de meilleur, on oblige Dieu d’une certaine manière à prendre nos affaires en main. Dès lors quel calme, quelle tranquillité, quelle assurance. » (Conférences, p.235)

 

Le Seigneur  dit un jour à Yvonne Aimée: 

« Tu m’as bien servi et tes défaillances ne m’ont point offensé.

 Tu as su rester cachée et souvent incomprise, vivant ta pauvre vie, ne laissant entrer ni en ton esprit, ni en ton cœur, ni en ta volonté la moindre indocilité.

Tu m’es une épouse tendre et cachée, vivant calme et tressaillant au moindre son de ma Voix.

Ton cœur est comme un cierge ne se consumant jamais, et comme un encens montant sans cesse vers moi. (…)

Toi qui vas sans hésitation où je te dis d’aller, qui dis ce que je veux que tu dises, qui te tais sur un geste de ma main  (…)

Parce que tu as été prompte à me servir, cœur de bonne volonté, tu verras la face de Dieu ». (Ecrits p.211-214)

 

Elle-même constate :

« Tout ce qu’Il me donne, je le redonne aux âmes. Tout ce que les âmes me donnent, je Lui redonne à Lui. Je suis riche parce que je ne garde rien pour moi.

La vie d’abandon développe la Foi, l’Espérance, la Charité, la Ferveur. On prend l’habitude de penser, d’agir, de souffrir sous l’influence de la Vérité. »

(…) « Ma volonté reste accrochée à la Sienne. J’essaie de demeurer souple, docile, abandonnée à chaque minute de mon existence. Et Il sait que je L’aime plus que tout. »

(…) « Faire la volonté de Dieu, c’est faire entrer en moi Jésus et sa joie divine. C’est  être sa Consolation. C’est mettre en moi Sa Présence, sa Présence irradiante. » (Ecrits, p.220) Et encore : « Mon horizon, c’est Lui ». « Je suis heureuse d’aimer mon Dieu ».

 

Arrive le temps des graves soupçons sur Mère Yvonne Aimée de Jésus : un prêtre influent veut la dénoncer comme démoniaque.

 Elle écrit alors à Mgr PICAUD le 4 mai 1943 :

« Je vis une période extrêmement difficile. Je me  tiens à coup de volonté dans l’abandon et la confiance. Mais si je garde dans le fond de mon âme une paix certaine, je lutte contre des pensées obsédantes, contre une angoisse du cœur, contre une tristesse qui voudrait m’envahir tout entière. Je ne veux pas de tout cela. Je ne veux que Dieu et sa volonté. Je le veux de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces. (…) Si Dieu juge bon de m’éprouver, je le veux aussi, car c’est Lui qui est mon Tout, que j’ai toujours aimé, que j’ai toujours désiré et cherché.

Si cette épreuve doit me rapprocher encore de Lui, si elle est faite pour ma sanctification, si grâce à elle je monte dans l’humilité, la Vérité et l’Amour, je l’accepte de tout mon cœur.

Ne vous inquiétez pas de moi, car aussi misérable que je sois, je sens que j’aime Jésus uniquement, et que je veux toute sa Volonté ». (Ecrits, p.227)

Mère Yvonne Aimée prouve bien par ces lignes qu’elle n’est pas la mystique douteuse qu’on accuse, mais au contraire qu’elle court sur la voie royale de la spiritualité : l’adhésion à la volonté de Dieu quelle qu’elle soit.

 

Au terme de cette année 1943, elle écrit à Mgr PICAUD pour lui montrer que cette adhésion la volonté divine ne présente pas toujours les signes de la parfaite évidence :

 

« Vous parler de mon âme, je le voudrais bien. Je me sens si isolée sur la terre, si désemparée et si anxieuse à certaines heures, craignant toujours de ne pas assez faire la volonté de Dieu, et c’est pour moi un tourment ! J’ai des heures de grande paix, mais pas de faveurs mystiques. Je n’y tiens pas, tout en sentant le vide.

Je m’applique surtout à mettre de l’amour vrai dans toutes les actions de ma vie. Je ne sais  pas si je réussis, mais le Seigneur voit ma bonne volonté. » (Un amour, p.184)

 

Quand Mère Yvonne Aimée a mené à bien, non sans difficultés, la Fédération des Communautés d’Augustines, elle est élue Supérieure générale à l’unanimité, en 1946. La charge est lourde et nécessite de nombreux déplacements. C’est l’immédiat après-guerre et les  communautés ont besoin d’aides de toutes sortes. Mère Yvonne Aimée, dont la santé a toujours été très mauvaise, fait face à la fatigue croissante, accomplissant sa tâche avec courage et persévérance, ne se ménageant pas. Elle sait qu’elle fait la volonté de Dieu et cela  suffit.

Comme Supérieure générale, elle prend pleinement ses responsabilités, animant, guidant, fédérant les monastères de France, d’Angleterre, d’Afrique, attentive à la formation spirituelle et professionnelle des sœurs, à la bonne marche des œuvres hospitalières et éducatives, éveillée aux évolutions du monde moderne pour l’évangéliser à frais nouveaux. Tout cela fait partie de son devoir d’état et elle s’y engage totalement. 

 

A la fin de sa vie, c’est le cancer qui ronge son organisme. En août 1950, elle écrit à Suzanne LOTH, fidèle amie et médecin expérimenté : « En toute vie, l’essentiel est d’accomplir ce que le Bon Dieu veut et l’accomplir le mieux possible. Je t’avoue aussi que je crois mieux de m’user ainsi à son service en travaillant, que de vivre plus longtemps en me soignant trop. Je n’ai pas comme toi un foyer, des enfants…une autre ma remplacera. »

 

Malgré son état grave, elle prépare un voyage important en Afrique du Sud ; elle écrit à Dom Cozien le 24 janvier 1951, 10 jours avant sa mort :

« Je recommande ce long voyage à vos bonnes prières. Si je n’avais pas aussi confiance dans le Seigneur Jésus, je craindrais de l’entreprendre, tant je me sens malade et fatiguée, mais c’est mon devoir d’aller là-bas ». (Ecrits, p.255)

 

Le 3 février, au milieu de ses préparatifs, elle est frappée d’une hémorragie cérébrale. A son Assistante qui lui fait remarquer qu’elle ne peut plus songer à son départ en Afrique, elle dit, et ce sont ses dernières paroles : 

« Si…si je puis, j’irai…C’est mon devoir ! » 

Une demi-heure après, à l’âge de 49 ans, elle quitte ce monde pour « le bonheur inouï » qu’elle avait accepté de différer en 1927, pour « donner plus de gloire » à Dieu.

 

A 42 ans, elle avait écrit :

 « Si j’ai hâte d’être Là-Haut, dans la lumière, dans la Vérité, dans la Paix Eternelle, je consens néanmoins de tout cœur à vivre autant que Jésus le voudra. Je ne crains au fond ni la souffrance, ni le travail, mais j’ai peur de ma faiblesse. Ce que le Seigneur voit, c’est que je suis incapable de désirer autrement que Sa Volonté ».

 

En cet anniversaire, il me semble que, tous, dans l’état de vie et la situation où nous sommes, nous recevons une grâce pour marcher sur le chemin royal tracé par Mère Yvonne Aimée et pour dire comme elle : 

« Jésus, je voudrai tout ce que tu voudras. Fais-moi être fidèle toujours ».

 

 

 

Sœur Nicole

Prieure du Monastère des Augustines de Malestroit

 

Ci dessous:

Photos de la journée d’amitié organisée par la Communauté à Cossé en Champagne à l’occasion des 110 ans de Mère Yvonne Aimée, le 16 Juillet 2011